Grâce aux scientifiques, notamment aux écologues, on sait maintenant que la nature fonctionne autant par coopération que par compétition entre les espèces et les individus. La forêt tropicale, loin d’être une jungle dominée par les grands prédateurs est au contraire un lieu où un nombre incroyable d’espèces vivent les unes grâce aux autres. Les grands arbres qui la structurent se reproduisent grâce à des animaux et hébergent des centaines d’espèces, du sol à la canopée. Par contre, les espaces ouverts, landes et praires, sont plutôt un lieu de compétition : les grands herbivores empêchent la forêt de se développer, les grands prédateurs vivent aux dépens de ces grands herbivores. Mais même dans ces milieux plus rudes, les grands équilibres naturels se constituent peu à peu et sont préservés, jusqu’à une catastrophe naturelle.
Parmi les primates, le genre Homo s’est développé en quittant la forêt pour la savane, en suivant les grands prédateurs, comme un charognard, puis en arrivant à les dominer. L’homme, conscient de lui même et de son environnement est devenu libre de choisir de construire ou de détruire. Dans son histoire, il a fait les deux, à des rythmes beaucoup plus rapides que ceux de la nature qui l’a précédé. Les plus grands empires ne durent souvent que quelques dizaines d’années. La démocratie athénienne a duré plus de deux siècles, la république romaine cinq siècles, les grands royaumes européens plus de mille ans, l’empire chinois deux mille ans. Mais ces durées sont bien faibles par rapport à l’histoire humaine, qui se chiffre en millions d’années et ces « grandes civilisations« cachent de grandes instabilités, des guerres, des famines, des injustices.
En tout cas, il serait faux de dire que seule la force a prévalu dans cette histoire. Notre démocratie occidentale s’est construite depuis le XVIIIIème siècle et a triomphé des guerres et des réactions monarchiques. le suffrage universel s’est imposé dans beaucoup de pays. Bien sûr, nos démocraties sont encore plutôt dirigées par ceux qui sont nés riches et favorisés, davantage que par le peuple, qui n’est jamais vraiment consulté que pour élire des représentants parmi la caste dominante. Néanmoins, se représenter régulièrement devant le suffrage du peuple oblige à une certaine retenue et à un minimum de résultats. A l’opposé, les régimes les plus autoritaires, des dictatures aux « démocratures », subsistent autant par la manipulation et le mensonge que par la terreur. L’opinion publique compte dans tous les systèmes politiques.
A chacun des instants de sa vie, à chacun de ses gestes, un être humain est libre de son chemin. Mais la plupart du temps, il ne réfléchit pas, ne compare pas des options, il agit instinctivement, suivant son désir premier, ou suivant ses habitudes qui dépendent fortement de ceux qui l’entourent, de ses modèles proches ou de ses héros virtuels. Les masses sont donc manipulables, pour le meilleur, lorsque des groupes d’opprimés manifestent contre leurs oppresseurs, lorsque des musiciens jouent dans un orchestre et font danser le public, ou pour le pire, lorsque une meute commence à frapper un homme à terre, à violer une femme ou à piller des magasins.
En 2026, la politique mondiale semble soumise à une généralisation de la violence illimitée : les pays puissants envahissent leurs voisins, les pays riches déversent des bombes sur des pays en crise, tuant beaucoup plus d’innocents que de coupables. La force prend clairement le pas sur le droit. Mais cette crise mondiale atteint de tels sommets qu’on peut espérer qu’un retour généralisé à la raison viendra précisément du chaos.
Les hommes restent néanmoins capables de trouver encore pire. Il suffirait qu’un seul dirigeant d’un seul pays disposant de l’arme nucléaire, choisisse d’appuyer sur un bouton. C’est alors tout le système extrêmement dangereux de « dissuasion nucléaire », soit disant porteur de stabilité, qui créerait la fin de notre monde.