conte de campagne : la falaise

Un type marche sur un sentier au bord d’une très haute falaise. Ca monte, ca descend, il y a des cailloux… pas facile. Un autre type en marche, le rattrape, cherche à le doubler, le pousser, l’empêcher d’avancer… Et ça dure… cinq ans ! alors au bout de cinq ans, notre héros fatigué, irrité, est tenté de se jeter dans le vide, vers marine, vers le nationalisme et peut-être la guerre, qui lui feront oublier ses soucis et ce salaud qui cherche à vous doubler et vous écraser.

le vote ne suffit pas à la démocratie

La république n’a existé dans le temps et l’espace que sur une part mineure de l’humanité. Pourtant, c’est le mode d’organisation de la société qui seul s’oppose à la violence de l’injustive. Un autocrate est injuste par nature : même s’il souhaite le bonheur du peuple, il ne peut lui donner la liberté.

Il y a eu bien des républiques, mais aucune n’a vraiment réussi à équilibrer les libertés individuelles dans l’équité, et encore moins à convaincre de la solidarité universelle. Mais tous les gouvernements qui cherchent à être démocratiques insistent sur l’importance du vote : il faut élire nos représentants, c’est le moyen minimal de nous exprimer. Mais au XXIème siècle, les gouvernants élus triomphent par le populisme, les promesses non tenues, la manipulation médiatique.

Pour obtenir des représentants plus légitimes et plus justes, également plus efficaces, il faut améliorer les lois qui leur permettent d’arriver au pouvoir et d’y rester.

En premier lieu, la vérité du discours et des actes doit être un impératif constant. Un candidat ne doit pas avoir le droit de mentir. Aujourd’hui ils mentent de deux manières : en déformant la vérité des faits passés et actuels et en prenant des engagements qu’ils ne comptent pas tenir. Les discours doivent être assis sur des vérités objectives et vérifiables. Les promesses doivent être tenues. La sanction doit être l’inéligibilité à vie.

Le système d’élections devra permettre accessoirement d’élire des représentants, mais en premier lieu il devra définir une politique, avec des objectifs, des moyens, des actions précises et phasées. Les programmes différents, parmi lesquels les électeurs choisiraient devraient avoir été élaborés par un parti, et ci possible co-construit avec le maximum de sympathisants. Le représentant élu devrait être la voix de ce programme, pas un chef à suivre aveuglément.

C’est le principe du mandat impératif, qui avait été révé par la commune de Paris, il y a plus de 150 ans. Au cours de son mandat, les représentants élus au sein d’une assemblée, auront à exécuter le programme pour lequel ils ont été mandatés. Bien entendu , il faudra l’adapter, l’améliorer, le faire vivre. Mais pour cela ils devront recueillir l’approbation des autres représentants, pour les modfiications mineures, et de la majorité des citoyens, par referendum, pour les modifications majeures.

Le nouveau système doit se protéger contre toute appropriation individuelle du pouvoir : pas de loi, de décret décidé et signé d’une seule personne ; pas de mandat de plus de cinq ans, pas de plus de deux renouvellements. Pour que chaque citoyen soit l’égal en droit de n’importe quel autre, il ne faut donner à un élu que le seul pouvoir de faire ce qui a été décidé par un groupe pour le bien de tous et qui aura été approuvé par la majorité des autres citoyens.

Mais la vérité a aussi besoin de deux moyens pour éclairer notre société humaine : l’éducation publique et la régulation de la communication.

L’éducation publique doit former des citoyens autonomes capables de discerner, parmi la foule d’informations qui leur parviennent, le vrai du faux, capables de distinguer le fait original de son interprétation déformée. Pour cela, il faut à la fois multiplier et recouper entre elles les sources d’informations, e td’autres part les confronter à un système de pensée, une construction intellectuelle cohérente, qui doit être propre à chacun de nous. Cela demande plus de philosophie et de démarche scientifique et logique dans l’apprentissage.

La régulation de la communication doit être faite par une autorité indépendante, pour éviter l’appel à la violence physique, à la haine, à l’aveuglement. Tout le monde doit pouvoir s’exprimer librement, mais intelligemment : chaque propos, qui peut être caricatural, doit être remis dans son contexte par le medium de communication où il est diffusé.

La vérité peut paraitre insaisissable, mais elle doit etre le seul objet de notre quête intellectuelle. Les jeunes, par paresse, les vieux par confort intellectuel, plongent dans le déni, les idées qui confortent l’égoisme de nos comportements : les étrangers, les pauvres sont dangereux, les riches sont merveilleux, un héros viendra nous sauver, le climat va s’arranger, la nature n’est pas en danger, il y aura de la place pour tout le monde, tant qu’il y en a pour moi. Il faut une révolution des consciences, dans l’école et les media pour apprendre à affronter puis aimer la vérité.

Le nationalisme defend mal la democratie

Février 2022, un président élu d’un ancien pays communiste choisit d’envahir son voisin, en invoquant des pretextes fallacieux. Il ne cherche d’ailleurs pas à convaincre, mais à imposer sa volonté par la force. Ses concitoyens, les russes qui l’ont élu peuvent partager ses sentiments qui ne justifient rien mais expliquent tout : l’Ukraine a toujours été liée politiquement, culturellement et religieusement à la Russie. Elle n’aurait jamais du en être détachée. Cela ne vous rappelle rien ? L’annexion de l”Autriche puis du territoire des Sudètes, germanophones de la république Tchèque, par Hitler.. Et oui, c’est le premier niveau de prétexte guerrier nazi.

Pour répondre à l’hypertrophie des sentiments nationalistes conquérants, les politiciens des pays voisins réveillent en général leur propre nationalisme : les vrais français doivent faire barrage aux prussiens, aux boches, bouter les anglois hors de France ; les grecs doivent expulser les turcs et réciproquement ; les serbes face aux croates, la liste est malheureusement sans fin…

Les Ukrainiens et les Russes ont effectivement une grande proximité culturelle et n’avaient justement que peu de motifs historiques de revanche jusqu’ici. Les partis anti-russes d’Ukraine craignaient l’autoritarisme de Poutine.Ils souhaitaient plus de démocratie et plus de libéralisme, comme dans l’union européenne. Ils craignaient l’annexion, en référence à la dictature soviétique et ses interventions musclées dans les pays satellites.

Pour éviter cette spirale, qui enferme les victimes d’agresseurs, dans un cercle fermé de haine et de vengeance, il est fondamental de savoir contre qui on lutte et pouquoi, et de poser raisonnablement les bases d’un juste combat.

Qui est l’agresseur ? Poutine a bien été élu, mais la démocratie a fortement diminué en Russie sous ses mandats successifs : les opposants ont été attaqués dans la presse, calomnié, mis en prison; la presse a été muselée, en allant jusqu’aux assassinats de journalistes. Dans la droite ligne de la tradition stalinienne, et des services d’espionnage et de propagande d’où est justement issu Poutine, le mensonge a été érigé en système de pensée. La majorité russe est silencieuse, mais apprécie d’être dirigée par un chef puissant. La méchanceté de l’empereur rassure toujours les habitants d’un très grand pays, quisont protégés de la guerre civile par la force d’un autocrate, dont on peut supporter les frasques : les journalistes assassinés, comme les jeunes écrasés par les chars de Tien an men n’avaient qu’à se tenir tranquilles… Ensuite, cet autocrate est soutenu inconditionnellement par les dirigeants de la religion orthodoxe, la plus pratiquée en Russie. Poutine et le patriarche s’appuient l’un sur l’autre. Ce n’est plus un état laïque. De plus quand ce presque dictateur envahit un autre pays sans demander son avis aux habitants concernés (ils avaient d’ailleurs élu un président qui refusait l’allégeance à la Russie), ni même à son propre pays (il n’y a pas eu de vote ou de discussion au parlement russe, tout a été décidé par un seul homme) on est très loin de la démocratie. C’est le triomphe de la violence politique. L’agresseur n’est pas la Russie, mais Poutine !

C’est bien contre cela qu’il faut se liguer : l’atteinte à la liberté faite par un tyran, qui plonge des êtres humains dans une suite de guerres stériles. Il faut combattre Poutine et ceux qui le soutiennent, parce qu’ils se réclament des mêmes méthodes. Il ne faut pas tomber dans la haine des russes, mais bien les encourager à se révolter pour retrouver une vraie liberté, pas la paix fragile et mensongère de la tyrannie.

Evidemment, les nationalistes des pays plus démocratiques sont maintenant pris à leurs propres contradictions : ils professaient admirer Poutine, Trump, Bolsonaro ou Modi ; ils sont maintenant obliger de cracher sur leurs modèles, ou de trahir les intérêts de leurs propre pays. C’était le même inconfort moral pour l’extrème droite française, anglaise ou américaine qui admiraient Hitler de 1933 à 1945… Mais certains se sont confortablement assis sur leurs mensonges en collaborant.

Si tous les vrais démocrates se réunissent pour protéger la liberté et la justice, ils seront capables d’abattre non pas l’Ours russe, mais les tyrans, colosses aux pieds d’argile.

Mais comment doit se faire ce combat ? en envoyant des chars contre d’autres chars, au risque d’un conflit nucléaire ? en envoyant des armes légères aux Ukrainiens, pour faire durer un conflit “traditionnel”, peut être aussi longtemps qu’en Syrie (11 ans!) où les russes étaient aussi impliqués ?

Si tous les pays démocratiques du monde manifestent leur désapprobation, bloquent économiquement la tyrannie et informent le peuple russe et le peuple ukrainien de l’injustice dont ils sont victimes, le régime de Poutine ne tiendra pas. Ce sera la victoire de la raison et de la liberté contre la tyrannie, la violence et le mensonge. Mais la raison doit clairement s’affirmer, sans que l’argumentation ne céde le moindre pouce à la haine.

Une énergie nucleaire sans democratie

Le président de la république française vient d’annoncer (10/02/2022) la construction de 6 centrales nucléaires supplémentaires. Il ne s’agit pas d’un voeu pour son futur programme, mais bien d’une décision, alors que le “programme” sur lequel il a été élu n’en parlait pas. Il n’y a pas eu de consultation, de concertation, ni encore moins de vote, ni aux présidentielles, ni à l’assemblée nationale.

Ce déni de démocratie reprend les habitudes ininterrompues de nos anciens présidents de la république, depuis De Gaulle, sur la questions. Au départ, le secteur nucléaire était lié à la défense, à son secret et au fonctionnemnet jacobin de la prise de décision. Pourtant ce choix d’énergie engage la génération qui le finance et les 178 générations suivantes, qui vont payer des coûts imprévus répartis sur un demi-siècle (le secteur nucléaire est le premier en matière de dépassements de 1 à 10 !) augmenter les pollutions directes (le réchauffement de l’eau en particulier), augmenter la consommation d’eau (le nucléaire a des besoins un peu inférieurs mais du même ordre que l’agriculture : une bonne partie de l’eau quitransite dans une centrale repart en vapeur). Le risque d’incident existe toujours, et rien dans les évènements des 10 dernières années n’est de nature à nous rassurer. Un attentat sur une centrale est possible et pourrait avoir des conséquences incalculables. Enfin, depuis la privatisation d’EDF, l’Etat n’a plus les moyens de pérenniser un controle direct des centrales qu’il a payées. On ne forme plus d’ingénieurs fonctionnaires ayant la pratique de la construction, de l’entretien et de la gestion de ces centrales, on se contente de payer des couts énormes incontrolables.

La politique antérieure nous oblige déjà à considérer le nucléaire tel qu’il est : la première source actuelle d’énergie depuis des dizaines d’années en France, une réussite technologique globale remarquable, mais aussi un problème public énorme. Il faut continuer à mobiliser des cerveaux pour la recherche sur ce sujet, rendre à l’Etat sa compétence technique pour la gestion et le controle de l’outil.

Mais ca ne suffit pas : les troubles à l’environnement, à l’économie et les risques sur la sécurité et la santé dépassent largement le cadre de notre petite nation : comme l’a montré l’accident de Tchernobyl, le nucléaire a des conséquences sur tout un continent. La politique énergétique doit être revue le plus globalement possible. le gouvernement français actuel n’a aucune légitimité pour décider d’une augmentation de son parc nucléaire en augmentant la menace sur tout un continent.

Coupable mais pas responsable ?

En France, fin avril 2021, la justice vient de rendre une décision paradoxale. Un illuminé, islamiste, a tué une vieille dame parce qu’elle était juive. L’assassinat antisémite ne fait pas de doute, mais l’instruction s’est demandée pendant trois ans si l’assassin était responsable, car il était sous l’emprise du haschich. Tous les assassins ne le sont ils pas étymologiquement ? L’assassin a été considéré comme “coupable mais temporairement irresponsable”, ce qui selon la loi française le dédouane d’une peine. Il sera néanmoins privé de liberté au sein d’un hôpital psychiatrique, mais la décision de “justice” sonne comme un appel au meurtre, un encouragement à toutes sortes d’excès.

En droit français, les “peines” ont plusieurs fonctions : punir le voleur, dissuader d’autres personnes de tenter les mêmes crimes et enfin protéger la société en isolant une personne dangereuse. Mais ces deux derniers objectifs sont complètement perdus de vue dans le fouillis inextricable de notre justice. Par contre, les juges appliquent scrupuleusement l’article de loi qui correspond au mieux au cas sur lequel ils doivent se prononcer, en oubliant l’esprit de la loi.

La fonction première des lois est de régler l’équilibre entre les libertés individuelles. C’est une fonction relative. Dans l’idéal, chaque cas devrait faire l’objet d’une réflexion profonde pour savoir quelle mesure devrait être prise vis à vis des personnes en cause pour qu’elles respectent davantage la liberté des autres. Pour limiter cette réflexion, les sociétés humaines ont édictés des commandements, des interdits, au départ assez limités puis de plus en plus en nombreux et stupides. Entre le “tu ne tueras point” biblique et l’interdiction d’acheter un vibromasseur dans l’Etat de Georgie, il y a une merveilleuse évolution…

Pourtant, même l’interdiction du meurtre est discutable et discutée. S’il s’agit de tuer son frère dont on est jaloux, le monde entier est d’accord pour condamner Caïn, même si Dieu ne lui inflige comme peine sur terre que son propre remords. Mais tuer quelqu’un qui cherche à vous tuer, cela semble beaucoup plus acceptable. Le droit français, pour les agressions entre individus, précise que la légitime défense doit être immédiate et proportionnée. Ces deux conditions sont les mêmes en droit international pour les conflits entre nations. Ces deux conditions, immédiateté et proportionnalité de la riposte à une attaque, méritent à chaque cas une appréciation et une interprétation.

Les lois ne sauraient se limiter à une application automatique d’une liste d’interdits. Le système pénal qui prétend être une justice absolue (à un interdit correspond une peine) n’est ni juste ni efficace. Pourquoi condamner plus durement quelqu’un qui a tué sa femme sur un coup de colère, qu’un élu de la république qui a été corrompu ou même qui a simplement menti à ses électeurs ? Et, dans l’actualité, pourquoi ne pas condamner un assassin, sous prétexte qu’il n’était plus maitre de lui au moment des faits ? Pourquoi laisser des personnes des politiques, des religieux, appeler à la haine, justifier des assassinats et des guerres ? Les personnes les plus dangereuses peuvent être laissées ou remises en liberté au bout d’un temps fixé arbitrairement, sans considération actualisée du risque.

Les lois doivent être complètement repensées, simplifiées pour en garder l’esprit et le but. En particulier, toutes les lois qui visent à éviter la violence, doivent entraîner une politique de prévention.

Cette prévention consiste d’abord à éduquer les enfants et expliquer à tous les citoyens qu’il doivent respecter la vie de leurs frères humains, mais aussi la vie sous toutes ses formes. Cette instruction doit s’accompagner d’une aide pour faire face aux difficultés matérielles qui poussent à la haine.

Le deuxième point de la prévention est d’empêcher la propagation des discours haineux, appelant au mépris d’une catégorie d’humains et justifiant des actes de violence. Cela nécessite un premier niveau de répression vis à vis des personnes ou des groupes qui nient l’égalité des êtres humains. Cette répression est subordonnée à l’objectif de prévention, et est limitée à la suppression du trouble (fermeture d’une salle de réunion, interdiction d’une publication, dissolution d’une association).

Le troisième point vise à limiter la liberté des individus qui sont susceptibles de commettre un acte de violence. Le fait d’avoir commis un acte criminel est une présomption, qui doit pousser la société à prendre des mesures fortes pour prévenir une récidive. Il s’agit d’une répression à but préventif et non punitif. On ne punit pas un homme pour son passé on limite sa liberté pour l’avenir. Cette limite doit être proportionnée au risque : surveillance, emprisonnement… Si un assassin doit être mis en prison ce n’est pas pour le crime qu’il a commis mais pour celui qu’il pourrait commettre. Pour que la privation de liberté soit limitée au minimum, la surveillance et l’emprisonnement doivent se doubler de mesures éducatives, permettant une éventuelle réinsertion.

La répression judiciaire est une légitime défense et doit suivre la même logique. La peine de mort est envisageable si c’est la seule méthode pour éviter la récidive, dans une société désorganisée par la guerre, ou dans l’urgence de l’action : un policier qui défend les victimes d’une aggression peut tirer sur l’aggresseur armé. Une société capable d’emprisonner aussi longtemps qu’il le faudra quelqu’un de dangereux n’a pas à le supprimer.

Dans ce nouvel esprit, l’assassin de Sarah Halimi aurait du être repéré avant l’assassinat pour les opinions qu’ils professait librement. Avec les fanatiques religieux qui l’ont influencé, il aurait du être soumis à de premières mesures de privations de liberté. Si malgré tout, on n’avait pas pu empêcher le crime, on aurait du le mettre en prison pour tout le temps qu’aurait duré sa vraie folie, qui était l’antisémitisme.

Les plus grands criminels de l’histoire, Napoléon, Hitler, Mao, Staline, Pol Pot, responsables de millions de morts, étaient indiscutablement fous, mégalomanes et paranoïaques. Il aurait bien fallu les juger, les condamner, les emprisonner, peut être même les tuer, pour les empêcher de nuire.

Considérer les fous comme toujours irresponsables est une erreur fondamentale. Le crime d’un fou, sous l’emprise d’une drogue ou de l’alcool, ou simplement de la colère ou de la passion, n’est pas moins grave que celui d’une personne ayant tout calculé froidement. Un fou n’est irresponsable que lorsque cette absence de maîtrise de soi a déjà été constatée et prise en compte par la société. Toute personne considérée comme un citoyen, et agissant en toute liberté, est responsable de ses actes. On n’est irresponsable que si quelqu’un d’autre assume la responsabilité de vos actes : les parents des enfants, les tuteurs d’un vieillard sénile, les surveillants d’une personne considérée comme dangereuse.

Il y a 150 ans, la commune expérimentait la démocratie directe.

La cinquième république française, basée sur la domination d’un président, certes élu au suffrage universel, mais avec tous les pouvoirs pour cinq ans, rechigne à célébrer une des révolutions les plus originales et les plus importantes de l’histoire. Bien sûr, le gouvernement actuel est de droite, et se réclame sans doute plus d’Adolphe Thiers, dont le préfet Lallement parait un émule tardif et médiocre. De plus, depuis 150 ans, on déforme l’histoire de la commune, en parlant de ses crimes, en oubliant la lâcheté puis la haine terrible de l’armée et du gouvernement, à majorité monarchiste (!) du début de la troisième république.

Parmi les premiers réviseurs de l’histoire, Emile Zola, contribuera aux mythe d’un mouvement destructeur, avec ses “pétroleuses” alors que le conseil de la commune s’est positionné contre la capitulation et pour la justice sociale. Les articles de Zola ont été publiés dans un recueil intitulé “la république en marche“. Il est cohérent que le président actuel se place du coté des versaillais, du côté de l’élite qui avait fui devant la populace. Adolphe Thiers cédant aux prussiens plutôt que de recréer une armée et une résistance populaire est le prototype de Pétain, qui préfère l’ordre nazi à la chienlit communiste et la résistance. Notre actuel président n’a pas eu encore, heureusement, l’occasion de montrer de telles capacités d’adaptation.

Des dizaines de miliers d’exécutions sommaires d’hommes de femmes et d’enfants ont été perpétrées par les versaillais, contre quelques centaines d’assassinats, commis pour la plupart sans avoir été décidés par le conseil de la commune. Si certains monuiments l’ont été volontairement détruits par les communards, comme des symboles d’oppression, en particulier la colonne Vendome et le palais des Tuileries, la plupart des destructions matérielles dans le Paris en ruine de mai 1871 étaient dues aux bombardements prussiens puis versaillais.

Mais en ne retenant que les violences, on oublie surtout le principal : la Commune de Paris a été l’occasion d’essayer toute une série d’améliorations de la démocratie : placer les élections comme un préalable à toute action, donner tous leurs droits et toute leur place aux femmes, et mettre en place un mandat impératif pour les élus, qui pouvaient être révoqués par le peuple qui les avaient élus.

Renvoyons aux sites plus historiques, pour tous les autres aspects, mais arrêtons nous sur cette proposition, tout à fait d’actualité : plutôt que d’élire des représentants, sur la base de promesses qu’ils ne tiendront pas, élisons des députés chargés strictement de mettre en oeuvre le programme pour lequel ils ont été élus. C’était une idée de Jean Jacques Rousseau, qui n’a été que très rarement été tentée dans l’histoire. Mais aujourd’hui, les moyens de la démocratie participative sont bien plus importants :

En premier lieu, on peut constituer des plates formes programmatiques, avec une coconstruction élargie à tous les sympathisants des idées proposées. Internet et l’informatique, permettent sur la base d’un premier texte, de recueillir des contributions, de faire des synthèses, de noter l’historique des modifications, avec un nombre très important de contributeurs. Wikipedia en est un exemple.

En second lieu, la mise en oeuvre peut faire l’objet d’adaptations sur la base de consultations rapides étendues à toute la population concernée.

Les moyens impératifs de cette méthode démocratique sont l’éducation et l’information préalable de la population lui donnant les moyens de comprendre les sujets à discuter, la formation aux moyens informatiques, et le contrôle par des fonctionnaires réellement indépendants des procédures, pour éviter toute malhonnêteté.

L’honnêteté des citoyens et de ses représentants est indispensable à la démocratie. Cette honnêteté ne sera effective que lorsque tous les enfants y seront incités par l’exemple de leur entourage ; elle ne sera garantie qu’avec une police au service de la république et de ses principes et non aux ordres d’un dirigeant particulier.

L’histoire ne nous determine pas, elle nous apprend seulement.

Depuis l’invention de l’écriture, l’homme conserve les histoires qu’il raconte, les fictions, comme les récits ou les essais. La mémoire du monde est comprise principalement dans des livres, mais aussi des musées, des monuments et est enseignée aux enfants pour les aider à devenir des citoyens.

Les récits historiques sont déformés par chaque société, dans un but particulier. L’histoire racontée par les juifs, les chrétiens ou les musulmans, reprenant les textes sacrés, mais orientant également la vision de tous les évènements qui ont suivi, cherche à montrer le destin de l’homme, du peuple élu, de la communauté des croyants. L’histoire enseignée du moyen âge au XIXème siècle montrait le destin des rois, des dirigeants et de leurs familles, comme des élus de dieu, améliorant sans cesse leur patrimoine et luttant plus ou moins efficacements contre leurs ennemis, c’est à dire leur voisins. Même les défaites sont magnifiées dans des récits transformant les pauvres guerriers massacrés en des héros immortels, comme Roland ou Bayard. L’histoire chinoise insiste sur l’unification de l’empire chinois et son maintien, contre vents et marées, mongols et européens, grâce à la puissance de ces empereurs implacables. C’est grâce à cette perspective historique que l’Etat du monde le plus peuplé maintient encore cette unité servile sous la dictature du parti communiste.

A partir du XIXème siècle, on a créé les romans nationaux, permettant aux italiens de se croire les petits-enfants de César, aux français de se considérer comme les descendants de Vercingétorix, résistant aux romains, aux allemands de se figurer être du sang d’Arminius/Hermann, ayant repoussé les légions romaines. Les positivistes, les scientistes, les progressistes ont montré comment les lumières de la république et de la civilisation allaient pouvoir s’étendre au monde entier grâce aux conquêtes des hommes supérieurs : les espagnols sur les Aztèques, les anglo saxons sur les indiens ou les aborigènes, les français sur les indigènes d’Afrique ou d’Indochine. L’histoire communiste russe a montré comment les merveilleux dirigeants et les héros du partis avaient sauvé le peuple des attaques des capitalistes ou des fascistes. Cette propagande ridicule, mais voulant donner un sens à l’histoire, a longtemps clamé que le socialisme allait dépasser le capitalisme dans tous les domaines.

L’histoire a toujours été enseignée, en déformant les faits, pour montrer le progrès réalisé suivant la conception du monde de la caste dominante, formatant les enseignants. Les enfants ont pu, grâce à cet enseignements se satisfaire de leur condition sociale, de leur pays et rester dociles, pour être de vaillants soldats ou des mères courage.

D’autres visions de l’histoire ont existé, comme la vision cyclique : une civilisation nait, fleurit, atteint son apogée, connait une décadence et est remplacée par une autre. Cette vision moins optimiste a moins de succès, sauf auprès des vieux philosophes…

Les historiens d’aujourd’hui s’attachent plus aux faits et à leur succession. Ils séparent généralement les enchainements chronologique d’un essai d’interprétation. Les interprétations des cinquante dernières années insistent beaucoup sur les conditions environnementales et démographiques, diminuant l’importance des héros. Cet effort d’objectivité est à saluer. Il est facilité par les échanges beaucoup plus importants d’informations, rendus possibles par la technologie. Les tentatives de réécriture dans les pays soumis à une dictature se heurtent généralement à la vitalité de la communauté scientifique, médiatique et militante mondiale, qui permettent de dénoncer les mensonges ou les déformations, en recoupant avec d’autres informations. Pour le moment, il s’agit bien d’un progrès, mais celui ci pourrait être anéanti par un big brother simplifiant les évènements, en écartant certains faits, ou noyant les facteurs déterminants dans un flot d’informations.

Lorsque l’on suit l’incroyable succession de l’histoire humaine, depuis 2000 ans au moins, ce qui frappe c’est davantage le chaos que le progrès. Néanmoins, dire que les hommes sont des marionnettes soumis à des dirigeants les manipulant, ou façonnés par les cironstances naturelles et sociales, serait aussi faux que des les croire téléguidés dans chacun de leurs gestes par la volonté d’un dieu fou.

Les hommes sont libres, et cela vaut pour chacun d’entre eux. Les sociétés ont pu faire agir momentanément de façon cohérente de grands groupes, mais les castes ou les peuples ainsi constitués ont régulièrement éclatés en morceaux, par des révoltes en réponse aux injustices à l’intérieur de ces sociétés ou par l’invasion de voisins jaloux. La liberté individuelle permet de choisir son chemin. La société contingente où l’on vit, vous pousse dans une direction, mais lorsque vous choisissez un autre chemin, si vous arrivez à convaincre suffisamment de personnes de vous accompagner sur ce chemin plus juste, la liberté et la volonté d’un groupe permet de renverser le déterminisme social.

Les récits historiques sont bien nécessaires à la constitution de cerveaux citoyens. Mais il faut toujours les regarder selon le prisme universel de la liberté et de l’égalité, de la solidarité et de la justice. L’injustice ne perdure jamais sur un peuple qu’avec son consentement inconscient. Certaines sociétés peuvent renaitre plus justes d’une révolution, comme l’ont été toutes les démocraties occidentales crées après les royaumes. Mais cet effort de justice a toujours été insuffisant. Cultiver l’idée de liberté a rendu encore plus difficile l’équilibrage de ces forces individuelles innombrables. Les sociétés démocratiques sont donc instables et fragiles. Nous ne vivons pas sur un plateau d’altitude, nous sommes sur une pente : si nous ne nous améliorons pas, nous retombons. Et les citoyens effrayés par leur propre liberté, autant que par celle de leurs voisins qu’ils prennent toujours pour des ennemis, aspirent alors à une nouvelle dictature, où ils auraient le confort de l’esclave bien nourri.

L’histoire ne doit pas être enseignée, sans qu’on réfléchisse à ces questions : combien de temps peut on supporter une paix sans justice ? y a-t-il d’autres solution que la guerre pour combattre l’injustice ? L’histoire nous aidera à y répondre, grâce à l’étude du passé, mais n’apportera aucune certitude sur notre futur. L’avenir reste entre nos quatorze milliards de mains.

Honnêteté

Un homme ou une femme honnête, ce n’est pas quelqu’un qui mène sa vie comme les autres en évitant les excès. C’est un être humain conscient de ses propres faiblesses, qui est même capable de les reconnaitre devant n’importe qui, mais qui a compris qu’il valait autant que les autres, ni plus ni moins, que personne ne devait décider pour lui ; il s’est ainsi donné des valeurs de liberté et d’égalité. L’honnête homme, chaque fois qu’il doit faire un choix aux moments importants de sa vie, continue à décider en fonction de sa propre conception de la justice et de ses aspirations .

Mais la plupart d’entre nous ne sommes pas assez honnêtes. On vit, comme les autres, et surtout on évite de se poser des questions sur sa propre trajectoire.

Ceux qui vivent dans une riche démocratie se contentent de trier leurs déchets et de voter pour le moins mauvais des candidats au second tour. Et quand on entend quelqu’un parler d’ouvrir les frontières des pays riches aux malheureux, d’arrêter des industries polluantes ou dangereuses (dans cette catégorie, vous pouvez mettre l’armement et le nucléaire !), on se moque de ces pauvres utopistes. Soyons réalistes, qui voudrait abandonner son propre confort, fut il relatif ? personne ? donc surtout pas moi.

Ceux qui vivent dans un pays pauvre, veulent surtout la paix, fut ce au prix de la liberté. L’idéal… c’est un dictateur ou une caste dirigeante assez forte pour maintenir l’ordre, mais pas trop fou, ne massacrant personne dans les rues, mais ayant la décence d’enlever discrètement les opposants et de les torturer ou les assassiner sans bruit.

La majorité des pauvres et des riches se sont un jour posé des questions. Ils se mettent des oeillères, mais inconsciemment se sentent coupables. Ils accueillent donc avec envie, enthousiasme les super-menteurs, comme Trump, Bolsonaro, Le Pen : les hommes politiques forts, qui n’hésitent pas à faire des promesses simples, qui laissent entendre que les problèmes viennent seulement des étrangers et qu’ils seront simplement règlés avec de la discipline, de la fermeté, peut-être même une “bonne guerre”. Bientôt, grâce à nos super-héros menteurs, plus de problème, et pour l’instant de l’ordre et un minimum de confort matériel. Les petits malhonnêtes du quotidien adorent les grands malhonnêtes, qui osent et réussissent, grâce à cette complicité. C’est le fallacieux confort moral du mensonge, qui enfouit les remords sous de bonnes excuses et de mauvaises raisons, qui souvent engendre la haine et la violence, seuls exutoires possible à ce déséquilibre mental.

L’homme et la femme honnêtes n’agissent pas seulement suivant leur conscience “du moment”, mais suivant des valeurs qu’ils ont fixé à la fin de leur adolescence, conformément à l’exercice continu de leur raison, leur véritable conscience, et qu’ils s’efforcent de respecter. C’est un courage que très peu exercent…

Pourquoi La république universelle est charlie…

Les islamistes sont furieux de voir que leurs assassins (le terme vient précisément du premier terrorisme islamiste de l’histoire) ne suffisent pas à faire taire ceux qui veulent continuer à rire des religions, et même de Dieu. Cela devrait réjouir tous les démocrates, mais ce n’est pas le cas. Beaucoup d’intellectuels ont rejoint le camp des assassins décérébrés.

Leurs arguments, quand ils sont conçus de manière à peu près cohérente, ce qui est loin d’être toujours le cas, sont les suivants : 1. la bible et le coran interdisent les représentations de dieu, 2. se moquer de Dieu ou de ses représentants est un manque de respect des croyants, 3. ces actes doivent être interdits par la loi des hommes 4. si les blasphémateurs ne sont pas punis par la loi, les vrais croyants doivent les punir

Ce raisonnement est un sophisme complet.

En premier lieu, l’interdiction de la Bible porte sur les idoles : les images gravées d’un dieu qui n’existe pas, la superstition qui entoure les sculpltures et les images, détournent les hommes de la recherche du vrai dieu, qui n’est pas un veau d’or. C’est ce sens qui est repris dans le Coran : il faut lutter contre le polytheisme, qui éloigne les hommes du vrai et seul Dieu. Les iconoclastes de plusieurs religions ont ainsi détruit par la violence les images faites par des croyants qui cherchaient à représenter leur propre quête de Dieu. Ce n’est évidemment pas Dieu qui est offensé par sa représentation maladroite… Si une représentation du monde vous déplait, êtes vous obligé de la regarder, d’y souscrire, de la regarder ? Pour tous ceux qui croient à la liberté on peut désapprouver le culte des idoles des autres, mais cela ne justifie pas la violence directe, la destruction des églises, des statues l’extermination ceux qui n’ont pas la même religion. La bible et le coran, dans certains passages, poussent à l’anathème, au massacre des incroyants, de leurs femmes et de leurs enfants. Ces passages des textes saints historiques sont contredits par d’autres passages des mêmes livres qui montrent un dieu patient et miséricoridieux, qui pousse au pardon, soixante-dix fois sept fois s’il le faut, qui appellent les incroyants à la conversion et les croyants à la compréhension. Cela montre qu’une lecture à la lettre des textes saints est incompatible avec les principes universels qui lorsqu’ils sont établis entre les hommes leur permettent de vivre en paix : la liberté et l’égalité. La paix nécessite le respect de la pensée de l’autre.

En second lieu, il faut précisément voir ce que signifient le respect de la pensée de l’autre et se moquer de quelqu’un. Le respect, c’est avant tout la considération : je sais que tu existes, comme moi j’existe ; c’est ensuite l’égalité : tu as la même liberté que moi. On peut, on doit même, faire des reproches à quelqu’un qu’on respecte. Celui qu’on ne respecte pas, on le méprise, on nie son existence ou on le hait et on souhaite la fin de cette existence qui nous gêne. Or se moquer de quelqu’un, ce n’est pas le mépriser ou l’ignorer. Se moquer, c’est considérer quelqu’un, sentir les contradictions qui existent entre son discours, son apparence et exprimer ce décalage d’une façon qui fasse percevoir d’un coup cette distance à tous les autres, mais aussi à cette personne en particulier. Par exemple : tu t’habilles bien pour faire une bonne impression, mais tu as une tâche de tomate sur te chemise ; tu crois en un dieu d’amour, mais tu souhaites la mort des incroyants. Voila des moqueries, souvent assez drôles, qui peuvent faire réfléchir les personnes à qui elles s’adressent. Si le moqueur pense que le moqué peut comprendre et s’améliorer, la moquerie est gentille. s’il pense que l’objet de sa moquerie est indécrottable, la moquerie est méchante. Mais, même dans ce cas, le moqueur considère toujours l’homme dont il se moque comme son égal, lui qui partage sa condition d’homme faillible. C’est pour cela qu’on rit : parce qu’on se sent à la fois très proche de celui dont on se moque et très loin, grâce à la prise de conscience instantanée, surprenante, de l’humour. Cette supériorité morale du rieur sur le ridicule n’est que momentanée, elle part justement de la considération de l’autre comme son égal, même si on lui est supérieur, sur le point du ridicule. On ne se moque que de ceux qu’on respecte. Ceux qu’on ne respecte pas, on les méprise ou on les hait, ce qui est complètement différent. La haine pousse à la violence physique, ou à l’insulte. Une véritable insulte cherche réduire quelqu’un (tu es un chien), alors qu’une moquerie cherche à faire comprendre que la conduite d’untel le réduit et qu’il doit se corriger (tu aboies comme un chien).

Ensuite vient la question de l’interdiction : les interdits de la bible ou du coran doivent ils être dans la loi des hommes ? Pour une bonne partie des croyants, ces interdits s’adressent à eux et non aux incroyants. Si on croit en Dieu, on peut imaginer qu’il apprécie le sacrifice volontaire de quelqu’un qui l’aime, mais comment pourrait il apprécier le sacrifice de quelqu’un qui serait obligé de le faire ? La liberté individuelle est compatible avec la croyance en dieu, mais incompatible avec des interdits religieux qui seraient des obligations civiles, garanties par la force des hommes. La république universelle, que tous les chercheurs de paix appellent de leur voeux, doit considérer chaque homme qu’il soit athée ou croyant comme égal à ses yeux. Elle ne peut interdire à un athée, ou à quiconque, de ne pas suivre un précepte d’une des milliers de religions connues, dans la mesure où il n’exerce aucune violence sur les autres. Or la moquerie, l’art et la caricature ne sont pas des violences : ils ne sont pas fondés sur la haine, mais sur la prise de conscience et la volonté de partage de cette prise de conscience. Ils peuvent engendrer une certaine douleur momentanée chez certaines personnes : un spectateur peut souffrir en compatissant à la représentation de la douleur d’un autre, une personne caricaturée peut s’attrister de son propre ridicule. Mais cette douleur momentanée n’est pas souhaitée comme telle par l’artiste ou le moqueur, ce qu’il désire chez l’autre, après cette distanciation rapide, apportant une douleur éventuelle, c’est le partage d’une autre réalité et une réaction positive. La république doit garantir toutes les formes d’expression qui ne poussent pas à la haine. Rire des islamistes, des terroristes et des tyrans ne pousse pas à vouloir les exterminer, mais vise à diminuer leur pouvoir, en anéantissant momentanément la peur qu’ils pourraient nous inspirer. Se moquer d’eux nous empêche de les haïr et nous aide à combattre justement leurs injustices.

Enfin, un croyant qui voudrait punir par la mort ou l’emprisonnement un rieur, parce qu’il ne le respecte pas, emploie un couteau ou un fusil automatique pour se venger de quelqu’un qui n’utilise que sa plume et son humour. Cette punition, si elle était légitime n’est pas proportionnée à la faute. Mais surtout, la vengeance n’est jamais légitime. Le désir de riposte immédiate est naturel, il se confond avec la survie, c’est une légitime défense. Cette riposte est légitime si elle est immédiate et proportionnée. Quand on refuse de se confronter avec les mêmes armes que l’adversaire, c’est disproportionné et lâche. Le courage du violent, qui accepte la mort finale n’efface pas ses premières lâchetés. La vengeance intervient après un long temps. Elle prend sa source dans la haine, pas dans la justice. Elle ne cherche pas à empêcher de nuire, mais à punir, comme si le vengeur souhaitait prendre la place de la justice de hommes, organisée par la société où il vit, ou la place de Dieu. Or Dieu, s’il existe, n’a pas besoin du bras d’un homme pour se faire justice. S’il est amour, il ne peut que pleurer devant tant de haine. Ce sont les islamistes qui ne respectent pas ce Dieu auquel ils croient, en appelant au meurtre des blasphémateurs ils nient sa puissance et son amour universel.

Nous sommes tous très proches : les esclavagistes les nazis les terroristes étaient proches de leurs victimes, mais refusaient de le voir. Les humoristes, les caricaturistes, eux, se savent les égaux des êtres humains dont ils dévoilent les ridicules. Charlie est un journal qui défend, comme il l’a toujours fait, l’universalité humaine : celle de la liberté d’expression, de l’humour fraternel. Cette universalité est incompatible avec le nationalisme, l’extrémisme religieux et le communautarisme. C’est pour cela que ces déviances humaines, tellement humaines et risibles, doivent continuer à être tournées en ridicule.

La souveraineté est un mauvais argument

La souveraineté est invoquée ces derniers temps, par les intellectuels de droite et de gauche pour “défendre nos valeurs” et lutter contre les délocalisations sauvages de l’ultralibéralisme.

Or le concept de souveraineté est celui-ci : les nations font ce qu’elles veulent chez elles, elles n’ont pas à se justifier pour imposer ce qu’elles souhaitent sur le territoire… Ce raisonnement se rapproche de celui de chaque individu, qui souhaite pouvoir faire ce qu’il veut chez lui et se justifie par la liberté fondamentale. Mais comme chaque fois qu’on individualise un collectif, on déforme la vérité et on fausse l’argumentation.

C’est le concept de souveraineté qui a ruiné l’internationalisme : les lois d’un pays ayant plus de poids que les universels droits de l’homme, la paix n’a jamais pu être obtenue par la Société des Nations ou l’Organisation des Nations Unies.

Si les déolocalisations constituent une injustice, si importer des produits de Chine est un mal qu’il faut supprimer, ce n’est pas au nom de la souveraineté de la Frrrance, ou des USA, mais au nom de valeurs universelles : en Chine, comme dans beaucoup d’autres pays pauvres, règne une dictature ; les grandes entreprises y sont dirigées par d’anciens dirigeants du parti communiste au pouvoir, les employés n’y ont pas de droits syndicaux ; la nature y est sacrifiée au développement, même si la tendance s’infléchit un peu, compte tenu des dommages directs des pollutions.

Il faut refuser d’acheter des produits venant de dictature, ou construit sans respect de la nature et de l’équité, qu’ils viennent de Chine, du Brésil ou même d’Europe ! Ce n’est pas facile pour un individu : la plupart des vètements, des ordinateurs, des matériaux viennent de tels pays ; les autres produits sont plus chers. Mais cela doit au moins nous conduire à limiter ces achats et cibler les filières respectueuse de la nature et des droits de l’homme. Cela doit être clarifié dans les principes des démocraties : le protectionnisme et le souverainisme sont des attitudes primaires : il faut échanger avec ses voisins, en particulier tous les produits qu’ils peuvent faire, du fait de la spécificité de leur terroir et de leur culture, et qu’il nous est difficile de réaliser. Ne refusons pas les importations pour des raisons nationalistes, mais pour des raisons universelles.

Les démocraties doivent clairement refuser d’importer des produits fabriqués sans respect des droits de l’homme et de la nature. Ils doivent eux mêmes les produire ou les remplacer. ils doivent également ouvrir leurs frontières aux habitants de ces pays qui souhaitent ne plus vivre en dictature.