Pour un nouveau fonctionnement démocratique

Dans toutes les démocraties du monde, mais c’est particulièrement vrai en France, on choisit d’avantage un homme que des idées. Dans le cas d’un scrutin à deux tour, on vote même surtout contre le finaliste qui nous fait le plus peur. Le vainqueur a ensuite toute latitude, dans les limites de la constitution et de la durée de son mandat, pour exercer le pouvoir comme il le souhaite, sans se justifier particulièrement vis à vis de ses électeurs. Il espère être réélu de la même façon, contre son adversaire et passe plus de temps à stigmatiser celui-ci qu’à justifier la non application de ses propres promesses.

Les scrutins proportionnels en un seul tour n’évitent pas vraiment ces écueils : les représentants des partis élus ont fait campagne sur des propositions qui n’ont pas de majorité absolue pour être mises en oeuvre. Pour gouverner, les partis élus doivent s’allier. Ne sont alors mises en œuvre que leurs propositions consensuelles. Les propositions originales, novatrices ne sont jamais partagées entre les partis alliés et ne sont pas mises en oeuvre. 

C’est ainsi que les démocraties occidentales, soumises en parallèle au pressions financières et idéologiques des hypercapitalistes, au niveau national et européen, ont mis en œuvre une politique de plus en plus libérale et de moins en moins sociale, quelles que soient les réformes promises.

Ce n’est pas une fatalité, la proposition suivante serait de nature à recréer une meilleur adéquation entre les électeurs et les gouvernants : on ne doit plus voter pour des hommes manipulateurs d’idées, mais pour des propositions concrètes, portées par des représentants. La constitution doit ensuite obliger ces représentants à les mettre en œuvre. Les partis doivent, pour chaque élection, proposer un programme contractuel, avec une étude de faisabilité et d’impact, à l’image d’un projet industriel. Selon les modalités suivantes d’élection, notamment un scrutin à deux tours, il faudrait laisser le temps aux partis qui souhaiteraient s’allier, pour recomposer un programme composite, mais également faisable avec un impact évalué. Seules les lois qui seraient prévues dans ces programmes, et qui auraient donc été soumises au vote de tous les citoyens, pourraient être mises en œuvre. Le suffrage universel doit être réservé aux lois et ne doit plus porter un surhomme au pouvoir.

Il faut bien sûr creuser cette idée, la discuter, l’améliorer, mais elle donnerait un peu de logique, de cohérence et d’honnêteté à nos démocraties qui en manquent cruellement.

Un juste combat ?

Gilets jaunes, ou manifestation féministe, guerres en Syrie, actes terroristes, sans parler des simulacres sportifs. La violence peut elle être juste ?

Combattre, s’est lutter ensemble. Pour un juste combat, il faut d’abord partager un objectif avec ses compagnons de lutte. Cet objectif peut être conjoncturel, et se réduire à se défendre contre un ennemi commun, mais pour s’entraider loyalement, il vaut mieux être clair sur ce qui se passera après… De ce point de vue, ni les gilets jaunes, où seule la colère est partagée, ni les printemps arabes, qui n’ont aucune plate forme commune, ne peuvent durer contre un ennemi trop fort.

Se battre ensemble contre une injustice identifiée, comme les manifestations féministes actuelles, c’est bien, mais ça ne suffit pas à définir un objectif plus juste. Il faut s’être entendu sur des propositions apportant plus de justice, au moins sur un point précis ; et ces propositions doivent être précises pour être applicables. Le mouvement des droits civiques, en Amérique était assez clair : abolir les inégalités législatives des états, en contradiction avec les textes fédéraux fondateurs. En laissant subsister les inégalités sociales, il s’est néanmoins révélé impuissant à changer la société en profondeur.

Enfin, un combat juste doit aussi se contenter de moyens dignes : des actions dirigées contre les vrais ennemis sans porter atteinte aux innocents, pas de violence physique contre les personnes, sous réserve de légitime défense, pas de torture, pas de mensonge. Seules des victoires acquises ainsi, par des combattants non violents unis par des valeurs partagées, en nombre très supérieur à celui de leurs oppresseurs, pourront établir la paix, sans relancer l’esprit de revanche, la vengeance et la haine.

Ce n’est pas en empêchant des gens ordinaires de se déplacer, de travailler, alors que les responsables visés ne sont pas inquiétés, ce n’est pas en réclamant une baisse des impôts sur les carburant sans augmentation des transports en commun, ce n’est pas en manipulant la colère des autres qu’on améliorera notre société. Transformons cette énergie dans de plus justes combats. Discutons ensemble d’une vraie reconstruction sociale et écologique, sans nous contenter de la défense de notre petit confort, menons un combat durable en prenant le risque du partage, de la loyauté et de l’ouverture.

Typologie politique

Les différents mouvements politiques relèvent de trois tendances :

  1. les nationalistes croient que les sociétés s’organisent en cercles concentriques, différenciés autour de soi : la famille d’un sujet est plus importante pour lui que celle de son voisin, son village, sa religion, son pays, sa race ; un seigneur, un roi, un dieu le protègent. L’union se fait dans un cercle pour se défendre ou attaquer le cercle voisin. Les différences génétiques et culturelles sont hiérarchisées. Pour protéger son groupe des autres, il faut imposer la prééminence de sa race, de sa religion, de sa culture, réunis sous les concepts historiques de clan, de tribu, de royaume ou de nation. Ce mode de pensée politique est essentiellement subjectif, basé sur la perception exagérée du moi et la domination par la force d’un groupe sur les autres groupes. Se regrouper avec ses proches pour se défendre des étrangers, est le mode originel de société humaine. Il reste dominant, car il correspond à l’aspiration première de sécurité.
  2. les humanistes croient que les humains sont tous égaux en droit, que personne n’est naturellement au dessus des autres. La société humaine devrait être organisée sur des principes universellement reconnus et partagée, une démocratie universelle. Les dirigeants sont élus parmi les humains, ne restent pas au pouvoir, ne le transmettent pas à leurs enfants. La génétique ne fonde pas la société. C’est une conception du monde qui se veut objective. Essentiellement abstraite, elle permet l’organisation de sociétés stables, si la justice est enseignée et pratiquée : on donne des parts égales aux enfants et on leur apprend à reconnaitre ce partage comme juste. Cette aspiration à la justice devient plus forte que celle de la sécurité chez tous les êtres de réflexion. Elle a motivé toutes les révolutions et a aboli l’esclavage.
  3. Les hypocrites professent une partie des principes des principes humanistes, mais appliquent les modes de pensée nationalistes qui protègent leurs intérêts privés. Trois grandes catégories d’hypocrisie politique :
    • les royalistes et les autocrates ont toujours prétendu que le roi, le guide, était choisi par Dieu pour délivrer la justice, c’est la loi du plus fort, légitimée par la religion
    • Les libéraux souhaitent des démocratie de façade, où la domination absolue des plus riches soit admise parle peuple comme une récompense de leurs mérite, dont les dirigeants soient issus de ces groupes capitalistes ou leur soient rapidement soumis par la corruption. Le droit de vote, la liberté d’expression, la solidarité, l’éducation sont tolérés tant que ces principes ne viennent pas remettre en cause la propriété garantie aux actuels puissants et la libre concurrence permettant aux hypercapitalistes d’absorber les petites entreprises. C’est la loi du plus puissant, légitimé par l’illusion de liberté, protégée par le divertissement.
    • les communistes ont imposé une société théorique avec un État tout puissant, supprimant la liberté d’entreprendre. Tous les pouvoirs ont été confisqué par une oligarchie, en URSS comme en Chine, qui a dirigé la société en fonction de ses propres intérêts et des ses propres peurs. Lorsque ce système s’est écroulé, cette oligarchie a confisqué les biens publics pour rejoindre la coterie des hypercapitalistes libéraux.

Les mouvements humanistes n’ont que rarement et fugitivement accédé au gouvernement, au lancement de certaines révolutions ou dans certaines cités. Mais les utopistes ont toujours constitué le moteur des grandes évolutions. Ils ont permis d’abolir l’esclavage, de contenir le nazisme. C’est la seule vision du monde qui permette d’espérer, en construisant la paix et maintenant un équilibre des relations entre les humains.

Dessillez vos yeux…

Tout le monde est fou de joie parce que onze joueurs ont adroitement tapé dans un ballon. Les rues sont pleines de gens en délire, enveloppés dans des drapeaux et hurlants. Lorsque quatorze enfants ont été sauvés grâce aux efforts de plongeurs et au sacrifice de l’un deux, la nouvelle a été saluée, mais n’a pas déclenché une telle ferveur. C’est du spectacle. D’accord, mais avec tous les festivals d’été, des moments magiques, de danse, de théâtre, de musique existent tous les soirs.  Les finales d’autres sports ont été également belles, et sans dopage, hyperentraînement, hypersalaires et sans  corruption.

Soyons objectifs, si tous les Français se sentent fiers de cette victoire alors qu’ils n’y sont pour rien et que la plupart ne jouent pas au football, c’est qu’on les a menés à se sentir ainsi. Tous les media sont orientés vers cet évènement, depuis plusieurs années. Des financements publics et privés incroyables rendent possible le football professionnel ; on a même déclaré d’intérêt général la construction d’un stade privé à Lyon (sur des terres agricoles…). Le foot est le meilleur moyen pour distraire les gens, les détourner d’une prise de conscience politique et les éloigner de la nécessaire révolution des institutions.

L’utopie est à portée de main, il suffirait que le même effort de communication que celui consacré au sport professionnel soit tourné vers l’éducation civique, en illustrant liberté, égalité fraternité ; cela rendrait possible une révolution citoyenne. Aujourd’hui, nous n’avons que des veaux meuglant dans la rue.

Le nationalisme n’est pas inéluctable.

L’Europe n’est plus qu’une association commerciale de nations. Dans chaque pays riche, les dirigeants parlent tous des immigrants comme d’un danger et se refusent à envisager d’en organiser dignement l’accueil. Ils ont peur de de paraitre faibles. Seuls les chefs forts et cyniques semblent correspondre à l’attente des populations crispées dans la crainte de perdre leur relatif confort. Le nationalisme continue d’être propagé par la médiatisation du sport professionnel.

Mais le caractère implacable de cette régression xénophobe et cette progression fasciste n’est qu’une illusion, entretenue par les media. Ceux ci critiquent cette tendance, mais la juge complaisamment inévitable. Comment pourrait on combattre la misère du monde ? C’est pourtant possible, lorsque la paix est assurée et que les hommes sont libres d’entreprendre. Dans chaque lieu où cet équilibre est atteint, de petites sociétés produisent ce qui est vraiment nécessaire. Les sociétés en paix peuvent accueillir bien plus de monde, si elles le veulent vraiment. Les réfugiés ne sont pour l’instant qu’une part infime de la population mondiale (0,34% d’après l’ONU). La planète, gérée plus raisonnablement, peut nourrir tout le monde.

Les multinationales ont bâti un monde d’illusions, où les plus grandes richesses économiques sont des tromperies bancaires, les secteurs florissants ceux des divertissements de masse, des moyens de transports hypertrophiés, comme les SUV qui déplacent deux tonnes pour véhiculer une personne, des cultures qui ne nourrissent pas, des drogues inutiles.

Refusons cette aliénation, soyons des hommes libres et choisissons de refonder une vraie république ouverte et juste.

Les grandes sociétés commerciales ne sont plus des entreprises, mais des organisations financières

Entreprendre… quel beau mot ! Un homme a une idée, pour créer ou améliorer quelque chose, qui servira aux autres et qui lui rapportera de quoi nourrir sa famille. Son idée fonctionne, son « entreprise » prospère ; il fait travailler d’autres gens. Ses bénéfices lui permettent de réinvestir. Il participe, bon gré ou mal gré, par ses impots et ses charges à la solidarité avec la société toute entière.

Mais ses enfants, ou ses successeurs, qui reprennent son entreprise florissante veulent apporter leur part à la croissance de cette société. Ils ne partent que rarement d’une nouvelle idée technique. Avec les bénéfices, au lieu de réinvestir dans l’entreprise, ils achètent les entreprises de leurs concurrents les plus faibles.  Ils peuvent alors, après quelques « purges », augmenter leur propre revenu. Les entreprises fusionnées produisent moins que les entreprises séparées, mais elles rapportent plus à leurs dirigeants.

Ces dirigeants, réunis en clubs, ont répandu l’idée qu’une société devait croître à l’infini, ou mourir. Leur but personnel est d’obtenir un monopole, où ils pourront percevoir des marges fortes, inéquitables, mais qui leur permettront d’être payés cent fois plus que leurs employés. Petit à petit, dans les décideurs de la société capitaliste mondiale sont devenus des financiers, qui n’ont pas comme but le développement d’une idée technique, mais la création de monopoles privés toujours plus grands. Les véritables chefs d’entreprise existent encore, dans les petites organisations ; ce sont eux qui conservent à notre société un certaine dynamisme ; mais ils n’ont rien de commun avec les dirigeants des grandes sociétés commerciales, qu’on baptise hypocritement du nom d’entreprise alors qu’il ne s’agit plus que d’organisations commerciales dirigés par des financiers.

L’individualisme mène à la soumission

Le vingtième siècle est dans les sociétés occidentales libérales marqué par une évolution forte de l’individualisme. L’individualisme est le fruit  de l’affirmation de la liberté individuelle dans la déclaration d’indépendance des états unis d’Amérique, de la révolution française. Mais à la fraternité souhaitée s’est peu à peu substitué  l’égoïsme. La propriété, valeur fortement affirmée des sociétés bourgeoises et agricoles, a toujours été mieux défendue que la solidarité, et elle a triomphé lors de l’effondrement du mur de Berlin. Le libéralisme est un concept flatteur, car il revêt de liberté le capitalisme. Aujourd’hui on exploite des moutons consentants.

L’art populaire exalte, depuis plusieurs siècles, bien davantage l’individu que le groupe. Le romantisme, le cinéma, le journalisme magnifient les héros auquel chacun pourra s’identifier, de Napoléon à Macron, de Rudolf Valentino à Johnny Halliday. Toute notre culture est tournée vers la défense de l’individu opprimé par la société, la famille, la religion. En faisant exploser des carcans, on a nié l’importance des règles communes, du contrat social. La libération sexuelle et pédagogique de 1968 comportait une part d’utopie communautaire, mais si certains soixante-huitards ont réussi leur retour à la campagne, les communautés de vie, sans règles structurantes, ont sombré dans l’échec et le ridicule.

« Chacun son chemin » est maintenant la devise des vieux soixante-huitards comme des jeunes rappeurs. Payer ses impôts parait une charge inadmissible. Pourquoi serais-je payé autant que mon voisin, un crétin qui ne fait pas grand chose et passe son temps au café ? Pourquoi aider les clochards, ils n’ont qu’à travailler. Pourquoi faudrait il accueillir les pauvres de la planète ? Ils n’ont qu’à développer leur pays, avec tout l’argent qu’on leur donne.  Un patron est-il payé 10000 fois plus que ses employés, il est considéré comme méritant.. et particulièrement courageux quand il en licencie une partie. Faire grève est nuisible : pourquoi une minorité en colère d’hommes exploités, imposerait-elle ses conditions aux patrons et à la majorité servile ?

En se penchant un peu sur cette lente évolution, on découvre que cet individualisme culturel a été promu pour qu’aucun mouvement collectif fort ne puisse renverser la domination des puissants. Le peuple se sentait opprimé par ses rois, aujourd’hui il râle contre ses élus, mais se fait manipuler par la publicité, le sport, l’illusion de l’ascenseur social. Une majorité « silencieuse » et conservatrice vote pour un leader fort, qui le rassure. On se rassure, pour ceux que la morale démange, en se disant qu’on a choisi « le moins pire », alors qu’un système qui élit un seul homme pour gouverner tout un pays n’est pas pleinement démocratique. Vive la dictature qui nous préserve du chaos ! Chacun dans sa coquille, les épreuves passeront sans nous toucher…

A cet individualisme correspond également une individualisation des pays. Chacun s’identifie à une nation, non pas pour glorifier un collectif, mais pour se protéger des étrangers qui viendraient limiter notre prospérité, notre liberté de consommer à tout crin. Individualisme et nationalisme refusent tout partage.

Ne nous soumettons plus, regroupons nous autour des valeurs fondamentales de la liberté, de l’équité et de la solidarité. Acceptons de partager l’espace, le travail  et nos espoirs avec tous les autres.

 

Vive le train !

Le message des grévistes de la SNCF est souvent troublé, détourné, caricaturé. Mais l’essentiel est là : la réforme prévue par le gouvernement ne va pas sauver la SNCF, mais la désorganiser. Elle ne constitue pas la vraie révolution des transports dont notre pays, dont le monde entier a besoin.

Avec un monde surpeuplé, principalement urbain, avec un changement climatique majeur lié à la pollution issue des industrie et des voitures, il faut absolument privilégier nettement les transports en commun et limiter la voiture individuelle. Aujourd’hui, le train et ses succédanés urbains, le metro et le tram, sont les moyens de transport les plus efficaces et les moins nocifs à l’environnement. La politique des États doit largement les favoriser.

L’ouverture des transports publics au privé, à la concurrence est un leurre. Le coût pour l’usager du transport qu’il soit la voiture, l’avion, le train est avant tout lié aux dépenses publiques : le cout réel de la voiture est lié aux routes et autoroutes, crées par l’État et les collectivités, et aux carburants, dont la majeure partie vient des taxes et dont le cout d’extraction initial est lié, comme tous les produits miniers, à des recettes publiques des pays producteurs de pétrole. La voiture roule en majeure partie avec des dépenses et des recettes publiques ! Son développement anarchique doit être stoppé, pour protéger la planète de l’étouffement !

Il faut renverser complètement la politique actuelle :

  • concevoir un nouveau réseau ferré au service des usagers,
  • renationaliser les autoroutes et augmenter les péages, en les différenciant en fonction de l’effet carbone
  • augmenter fortement le coût des carburants, notamment du diesel
  • atteindre rapidement, par la politique fiscale et l’organisation du réseau, 2 objectifs simples :
    • pour l’usager : aller en train d’une ville à une autre, et en metro ou tram à l’intérieur d’une ville doit être moins cher que faire ce trajet en voiture individuelle
    • pour les marchandises : le transport en camion ne doit plus concerner que les petits trajets <100 km.

Avec cette nouvelle politique, l’organisation du service public sur ce réseau devra être confié à des entreprises publiques, nationales ou régionales.  Le niveau national permet une péréquation des recettes, mais le niveau régional est plus proche de la gestion réelle. Par contre, les employés de base de cette organisation pourront être des salariés de droit privé, et les sous-traitants des entreprises privées. Les entreprises publiques doivent rester des structures stables, solides, mais légères.

Les décisions concernant les services publics doivent être prises par des élus et des fonctionnaires soucieux de l’intérêt général. Tout laisse à penser que les politiques et hauts fonctionnaires issus de l’ENA depuis plusieurs générations ont perdu ce sens de l’intérêt général au profit d’une perspective personnelle dévoyée: le pantouflage , reclassement dans une entreprise para publique hyper-capitaliste avec des salaires déconnectés du monde du travail réel.

Ces réseaux et cette politique doivent absolument être harmonisés au niveau mondial, pour sauver la planète de l’engorgement du modèle de la voiture individuel. Il faut faire grève pour plus de train, moins de camions, moins de voiture, plutôt que pour un statut de cheminot.

Éloge de la grève

La grève est vilipendée par le gouvernement, qui « respecte le droit de grève », mais dont les membres ne se privent pas pour dénigrer les grévistes, les déconsidérer comme des feignants, des profiteurs, des égoïstes qui ne pensent qu’à défendre leurs intérêts particuliers. Toute la droite soutient cette pensée (que cherchait déjà à m’inculquer ma défunte mère…). Les media conformistes développent avec complaisance les cas particuliers un peu ridicules, en ce moment les pilotes d’Air France, ou les cheminots, dont le statut feraient des privilégiés.

Même s’il est vrai qu’en d’autres temps certaines grèves malvenues n’ont servi qu’à dégrader l’image des syndicats, il faut se souvenir de ce qu’est vraiment la grève : un moyen non violent de lutte collective pour résister à l’exploitation par une minorité puissante d’une majorité de pauvres. Les riches ne font pas grève, les rois, les gouvernements font valoir leurs privilèges par la force de leur armée et de leur police.

Faire grève n’est jamais facile. Cela demande du courage : la plupart du temps, le temps de grève n’est pas payé.  10 jours de grève, c’est la moitié du salaire en moins à la fin du mois… Pendant les premières luttes sociales, il a fallu s’organiser en caisses de prévoyance. Les grévistes et leur famille souffraient. Si la convergence des luttes se met en place en 2018, cela signifiera des privations dans les familles, de vrais sacrifices pour tous ceux qui choisiront de vivre debout.

Faire grève n’est jamais simple. Un mouvement de grève réunit contre un projet ou une situation inacceptable des organisations, des populations disparates. Les syndicats, qui sont différents parce qu’ils défendent des personnes différentes, parce qu’ils prônent des sociétés différentes, n’ont pas la même vision de la justice et ont du mal à mettre au point des plate-formes de revendications, des contre-propositions cohérentes. Les intellectuels ont d’ailleurs du mal à se retrouver dans les slogans, les chansons naïves des grévistes, dans les  désordres de la foule.  Alors que le projet de la direction ou ou du gouvernement parait plus ordonné, même s’il se présente souvent voilé. On propose une réforme de la SNCF « pour l’ouvrir à la concurrence », pour « mettre fin au privilège du statut ». Il s’agit « simplement » de désorganiser un peu plus les transports en commun, d’augmenter la part des sociétés privées et surtout leurs gains en bourse, lors des privatisations à venir. En réaction, les mots d’ordre sont parfois contradictoires. Il est évident pour tous que la situation actuelle pose des problèmes. Mais la solution proposée est encore plus néfaste… Ceux qui refusent un projet dangereux pour l’intérêt général apparaissent alors comme des réactionnaires, des passéistes, refusant de faire face aux problèmes.

Faire grève est un pari difficile : pour éviter une réforme néfaste à une entreprise, ou/et obtenir des avancées pour ses employés , on crée  une paralysie qui nuit au patron, certes, ou aux dirigeants publics, mais aussi, à court terme, aux clients ou usagers ; si la grève dure, on nuit aussi à l’image de l’entreprise, car les medias privilégient les usagers qui râlent, le gouvernement qui déplore… Ce moyen est toujours un ultime recours. En l’occurrence, c’est l’arrogance du gouvernement qui refuse de prendre en compte les contre-propositions syndicales et qui pense s’imposer avec une pseudo-concertation qui justifie les grèves actuelles. Lorsqu’une entreprise fait des bénéfices et qu’elle prévoit des licenciements, la grève et l’occupation des lieux de travail sont les seuls moyens des employés, même s’il plombent à court terme leur entreprise.

La grève est une violence minimale mais réelle, faite par les plus faibles contre les plus forts et n’est possible que si un grand nombre de grévistes sont mobilisés.  C’est un moyen de pauvres dans un rapport de force inégal.

Faire grève est un devoir pour les citoyens : il faut s’opposer à ces réformes perfides qui conduisent à plus d’injustice et vont contre l’intérêt général. Il faut réformer les transports, les services publics. Mais il ne faut surtout pas déstructurer les lignes, augmenter les couts de structure en multipliant les intervenants, pousser à la concurrence et puis à la faillite les sociétés éphémères, comme on l’a vu avec les « bus macrons ».  Le vote a laissé, comme souvent en cinquième république,  le pouvoir dans le moins mauvais des candidats. Mais ce la ne veut pas dire que ce qu’il va faire est bien. Il faut s’opposer avec force mais sans violence à toutes les réformes injustes et contre-productives. La grève est le meilleur moyen de cette résistance citoyenne, qui ajoute à notre république déficiente ce qu’il lui manque de dialogue et de construction.

Le vrai message de la grève doit être contre le démantèlement des services publics, pour l’intérêt général au dessus de l’intérêt particulier. La défense des statuts, des salaires doit passer au second plan, au moins tant que pour les moins favorisés, le minimum dans le public est au dessus du privé.

Il faudra ensuite dépasser la grève, pour passer à un mouvement démocratique positif, celui de la révolution tranquille vers une république juste et pour cela universelle.

De l’empathie à la haine

Les dirigeants d’extrême droite, prenant la suite des sorciers des sociétés primitives, exaltent la haine de l’étranger. A la peur spontanée du nouvel arrivant, qui spolierait des premiers habitants, s’ajoute un autre ressort psychologique plus complexe, sur lequel s’appuient les fascistes.

Une famille de migrants, dans le dénuement, déclenche en premier lieu un sentiment d’identification, puis de solidarité chez la plupart des humains. Ces sentiments découlent de la liberté individuelle et de la responsabilité que ressentent tous les êtres capables de conscience, d’imagination et d’identification à l’autre. Certains, par leur culture, leurs valeurs sont préparés à cela et s’engagent pour accueillir l’étranger.

Mais chez la plupart, lorsque succède à ce premier sentiment d’empathie la notion de responsabilité potentielle, se crée une  réaction en chaîne inconsciente quasi instantanée : si je m’engage, ça va me coûter, du temps, de l’argent, je dois me protéger, je ne vais rien faire, je me sens coupable et ce sont ces gens qui me font me sentir coupable. Le mépris des pauvres, des faibles vient alors comme une vague, et plus les gens se sentent coupables, suivant leur culture ancienne, plus leur agressivité est forte. On se met à haïr activement celui qu’on aurait du aider et qu’on a choisi d’ignorer.

Les fascistes exploitent cette réaction inconsciente, la théorisent avec le nationalisme et la protection des frontières, la glorification du travail et de la famille. Le pauvre est coupable de ne pas travailler ; le migrant économique est responsable de l’échec de son pays ; ces étrangers viennent manger le pain de nos enfants. On prêche le chacun pour soi, on magnifie la réussite individuelle, et on dénigre l’assistanat, pour faire oublier notre devoir de solidarité.

Au pire, lorsque des violences xénophobes sont mises en œuvre, les militants, devenus sicaires, qui frappent et tuent les adultes se sentent obligés de tuer aussi leurs enfants : s’ils devenaient adultes, ils viendraient tuer mes enfants pour se venger. C’était le cas des nazis, des extrémistes hutus… ce sera celui des militants du front national, quand ils organiseront de nouvelles ratonnades. La théorie de l’extermination d’une race inférieure vient également justifier cette psychose collective.

Le front national ou la ligue du nord, comme les trumpistes américains n’en sont pas encore là, mais ils nous y préparent.