Archives de catégorie : Réactions à l’actualité

glyphostate cache misere

On va lentement vers une interdiction du glyphosate en France. Le plus grave dans cette évolution, c’est que l’on concentre le discours sur cette matière active. Or cet herbicide est dangereux pour la santé, mais sans doute beaucoup moins que les autres herbicides alternatifs que tient prêts l’industrie chimique, bayer/monsanto en tête. Les nouvelles matières actives sont des molécules plus petites, bien plus difficiles à détecter que le glyphosate, et dont les effets nocifs seront encore plus compliqués à mettre en évidence et plus longs à dissiper. Les nano particules associées aux pesticides sont déjà présentes dans notre environneement et vont encore augmenter.

La seule bonne solution réglementaire c’est d’interdire progressivement et universellement tous les herbicides, en menant de pair une vraie révolution technique. Cette révolution devra être aussi sociale et économique, car il faudra, et ce sera une chance pour l’humanité, plus de main d’oeuvre pour l’agriculture.

C’est le contraire du modèle productiviste, où l’on souhaite un agriculteur pour 1000 ha, chargé de faire de la monoculture d’exportation. Il en faut un à l’hectare, qui devra évidemment être pluri actif et produire pour ses voisins. Les productions d’exportation doivent être marginalisées, au moins pour la surface qui leur est consacrée.

Sans cette révolution mondiale, à mettre en oeuvre sans attendre pour sauver l’humanité, les réglementations sanitaires adoptées dans un seul pays riche sont hypocrites et inefficaces.

de Ravaillac au voile islamique

Le 14 Mai 1610, Ravaillac, un fanatique religieux, manipulé par le clergé ultra catholique, assassinait Henri IV, probablement le meilleur roi que la France ait subi. Le premier mérite de ce souverain original est d’avoir mis fin à une longue guerre de religion qui avait ensanglanté une bonne partie de la France pendant près de quarante ans. Quatre siècles après, les fanatiques religieux existent toujours, ils assassinent surtout des personnes sans défense, dans des mosquées souvent, des écoles ou des églises. Mais ce sont les islamistes qui les manipulent.

Les ultras de toutes les religions, y compris des religions athées comme l’était le stalinisme ou le maoisme, font croire à leurs adeptes que la parole de dieu ou du prophète sort de leur propre bouche : ils doivent leur obéir, sans chercher à comprendre ou à discuter. C’est tellement simple : on peut prêcher n’importe quel discours sans chercher à le rendre logique ou à le justifier. Lorsqu’ils ont pu convaincre une majorité, à une échelle restreinte, dans un quartier ou une ville, ces ultras insistent avant tous sur le respect absolu des apparences, petits signes de soumission, faciles à comprendre et contrôler : interdits alimentaires ou vestimentaires, pratiques religieuses ordinaires. La majorité des “cons-vaincus”, est ravie de dénoncer les “rebelles”, de fustiger le comportement de ceux qui ne respectent pas à la lettre ces coutumes. Cela leur donne bonne conscience, leur permet d’oublier leurs propres déficiences, par rapport aux exigences de leur conscience sur les actes vraiment importants.

C’est évidemment contraire à l’esprit des religions : le jeûne, l’abstinence, la chasteté sont des sacrifices volontaires qu’on offre à Dieu et qui n’ont de sens que s’ils sont librement consentis. Ils ne prennent de valeur que lorsqu’ils résultent chaque fois d’un choix délibéré. Suivre une pratique religieuse comme une mode ou une obligation sociale ne peut plaire à Dieu, s’il existe et ne peut alimenter une recherche spirituelle.

A une échelle plus large, lorsque les extrémistes religieux ont pris le pouvoir, ces pratiques sont inscrites dans une loi et des punitions officielles sont prévues. Evidemment, la majorité des interdits ne concernent qu’une partie de la population. Les femmes, ou les non croyants, sont ainsi réduits à des êtres humains inférieurs en droit. Cela renforce le pouvoir et flatte l’orgueil des hommes, qui se targueront de leur religiosité pour mieux opprimer leur femme, leur fille, leur voisin ou l’étranger. La religion dans les états non laïcs est pervertie par la minorité dominante pour asseoir son pouvoir politique et sa domination économique et sociale.

Au temps d’Henri IV, l’hypocrisie consistait à aller à la messe, sous peine de passer pour un hérétique. On pouvait être jugé et condamné, ou assassiné lors de troubles urbains, pour de tels manquements. Aujourd’hui, dans les pays dont la loi est inspirée par l’islam, le port du voile est obligatoire pour les femmes. Toute une série d’obligations ou d’interdictions les soumet, non pas à Dieu, mais à leur mari ou à la brute qui passe et se croira autorisé à les insulter, parfois même à les violer.

Ce phénomène existe, dans une moindre mesure, dans les quartiers de banlieue d’Europe où une forme rétrograde et violente de l’Islam durant ces vingt dernières années est venue s’imposer à des populations d’origine musulmane, en réaction à l’exclusion sociale d’une forte proportion des enfants et petits enfants d’immigrés. Une pression sociale existe dans ces quartiers pour que les femmes portent le voile, pour que tous respectent le ramadan et les interdits alimentaires. Beaucoup pratiquent par conformisme ou pour ne pas être l’objet de remarques désobligeantes ou d’insultes. Certains se placent du côté des ultras pour être du côté du manche, au moins dans son quartier.

Il est triste qu’on se moque d’une femme qui porte le voile, si elle conçoit ce voile comme un don à Dieu. Mais il est bien plus grave qu’on oblige une femme à se voiler, qu’on impose quoi que ce soit aux femmes qu’on ne s’imposerait pas aux hommes. Il est encore plus condamnable qu’une femme soit soumise à son mari par une loi ou par un conditionnement psychologique et social. Il ne faut pas interdire le port du voile, mais combattre l’obligation de le porter pour les femmes.

Les religions et toutes les quêtes spirituelles ne peuvent s’épanouir profondément que dans la liberté et l’égalité : on doit être libre de pratiquer ou de ne pas pratiquer, sans avoir à se cacher, et sans chercher à contraindre son voisin. C’est le seul chemin vers la paix.

Le service public n’est pas un guichet…

Les derniers gouvernements français parlent régulièrement de redéfinir le service public, sans y arriver. Leur but avoué est de restreindre le nombre de fonctionnaires. Mais ces termes, qui sont justement ” à redéfinir “, sont compris de façon très variable par nos concitoyens. Les deux acceptations péjoratives suivantes sont courantes dans l’inconscient collectif des français de 2019 : le service public est un guichet où on attend pour être mal servi ; les fonctionnaires sont ceux qui sont payés à ne rien faire de l’autre côté du guichet. Revenons aux fondements de notre société, pour mieux comprendre le vrai sens de ces mots.

Le premier concept républicain est celui de liberté individuelle. La seconde idée, qui fonde notre société est celle de devoir organiser la liberté des uns et des autres. Il faut en premier lieu éviter qu’un individu n’entrave la liberté d’un autre pour exercer la sienne. Cette organisation passe par la définition de règles communes : les droits et les devoirs. L’égalité porte sur les droits, la solidarité sur les devoirs. Mais ces règles ne permettent pas, à elles seules, de faire vivre ensemble des millions de personnes. L’organisation de l’activité des citoyens libres nécessite de distinguer deux types d’activité :

  • les activités qui sont faites dans un but personnel, autrement dit d’intérêt particulier, par chacun au gré de ses envies pour satisfaire ses propres besoins ou par un groupe d’individus en nombre limité, pour la satisfaction de leurs besoins réciproques ; les échanges de biens et de services sont libres entre les parties et constituent la partie privée de l’économie de notre société
  • les activités qui sont faites, pour bénéficier à toute la société, autrement dit missions d’intérêt général. Ces missions se répartissent en thèmes (justice, instruction, santé, territoire et culture). Pour exercer ces missions d’intérêt général, on peut distinguer des types de responsabilité : les postes chargés de l’organisation générale de la mission, du contrôle et de la protection directe, de la création de biens et de services communs, en comprenant les générations à venir dans cette communauté d’usagers indistincts. La création d’infrastructures, l’école et l’université sont clairement des services publics.

Ce service public sera payé principalement par la communauté toute entière, au titre de l’impôt. Une participation peut être demandée à l’usager, pour modérer l’usage de ce service, mais dans la mesure où cette participation ne paye pas l’intégralité du service et que ce service n’est pas rendu par l’employé du service public pour obtenir ce paiement, la rétribution de ce service est fondamentalement différente de la vente de biens ou de services privés. Autrement dit, quand vous achetez du pain à la boulangerie, vous payez l’intégralité des coûts majorée d’un bénéfice au boulanger. Quand vous utilisez un service public, par exemple, dans notre système français, l’hôpital, l’école, l’opéra ou le train, vous ne payez pas l’intégralité des coûts. A l’hôpital, vous ne payez pas de façon directement proportionnelle aux frais de soin de votre maladie.

Doivent être fonctionnaires ceux qui exercent ces activités de service public en toute compétence, en toute conscience et en toute responsabilité. Ils doivent avoir une formation spécifique qui leur permet à la fois d’acquérir toute la connaissance technique et juridique et de se forger un sens de l’intérêt général et du long terme. Cette formation et cette sensibilisation doit se traduire par un diplôme leur permettant d’accéder à un type de poste. Ce poste doit avoir été obtenu par leur mérite et non par le favoritisme d’un puissant. Pour cela, une sélection par concours avant la formation et une sélection par une commission neutre avant changement de poste restent les meilleures garanties. Pour pouvoir exercer leurs missions en toute objectivité, ils doivent être protégés des pressions, exercées par des privés puissants ou des supérieurs hiérarchiques eux mêmes moins scrupuleux. Cette protection doit prendre deux aspects : une rémunération suffisamment gratifiante, correspondant au niveau de responsabilité, sans qu’il soit nécessaire de recourir à d’autres sources de revenu et un statut empêchant les sanctions, licenciement pour des raisons économiques ou disciplinaires mal justifiées. En contrepartie, le fonctionnaire a des devoirs ; en particulier, il devrait s’engager à ne pas exercer d’autre activité dans son domaine de compétence, pendant et après l’exercice de ses missions. Il est souhaitable que les fonctionnaires aient préalablement travaillé dans le privé, dans le même domaine technique, pour acquérir une expérience ; mais ils ne doivent pas pouvoir quitter leur poste pour travailler ensuite dans une entreprise privée. Cela évite tout conflit d’intérêt. Il est souhaitable également que les fonctionnaires en charge du contrôle ou à des postes clés, soient en doublon, avec un apprenti fonctionnaire, par exemple, ce qui concourt à leur objectivité, en les obligeant à expliquer et justifier leurs décisions, leur méthode.

Ces missions et ces responsabilités nécessitant absolument des fonctionnaires sont détaillées au tableau ci-joint .

Un juste combat ?

Gilets jaunes, ou manifestation féministe, guerres en Syrie, actes terroristes, sans parler des simulacres sportifs. La violence peut elle être juste ?

Combattre, s’est lutter ensemble. Pour un juste combat, il faut d’abord partager un objectif avec ses compagnons de lutte. Cet objectif peut être conjoncturel, et se réduire à se défendre contre un ennemi commun, mais pour s’entraider loyalement, il vaut mieux être clair sur ce qui se passera après… De ce point de vue, ni les gilets jaunes, où seule la colère est partagée, ni les printemps arabes, qui n’ont aucune plate forme commune, ne peuvent durer contre un ennemi trop fort.

Se battre ensemble contre une injustice identifiée, comme les manifestations féministes actuelles, c’est bien, mais ça ne suffit pas à définir un objectif plus juste. Il faut s’être entendu sur des propositions apportant plus de justice, au moins sur un point précis ; et ces propositions doivent être précises pour être applicables. Le mouvement des droits civiques, en Amérique était assez clair : abolir les inégalités législatives des états, en contradiction avec les textes fédéraux fondateurs. En laissant subsister les inégalités sociales, il s’est néanmoins révélé impuissant à changer la société en profondeur.

Enfin, un combat juste doit aussi se contenter de moyens dignes : des actions dirigées contre les vrais ennemis sans porter atteinte aux innocents, pas de violence physique contre les personnes, sous réserve de légitime défense, pas de torture, pas de mensonge. Seules des victoires acquises ainsi, par des combattants non violents unis par des valeurs partagées, en nombre très supérieur à celui de leurs oppresseurs, pourront établir la paix, sans relancer l’esprit de revanche, la vengeance et la haine.

Ce n’est pas en empêchant des gens ordinaires de se déplacer, de travailler, alors que les responsables visés ne sont pas inquiétés, ce n’est pas en réclamant une baisse des impôts sur les carburant sans augmentation des transports en commun, ce n’est pas en manipulant la colère des autres qu’on améliorera notre société. Transformons cette énergie dans de plus justes combats. Discutons ensemble d’une vraie reconstruction sociale et écologique, sans nous contenter de la défense de notre petit confort, menons un combat durable en prenant le risque du partage, de la loyauté et de l’ouverture.

Dessillez vos yeux…

Tout le monde est fou de joie parce que onze joueurs ont adroitement tapé dans un ballon. Les rues sont pleines de gens en délire, enveloppés dans des drapeaux et hurlants. Lorsque quatorze enfants ont été sauvés grâce aux efforts de plongeurs et au sacrifice de l’un deux, la nouvelle a été saluée, mais n’a pas déclenché une telle ferveur. C’est du spectacle. D’accord, mais avec tous les festivals d’été, des moments magiques, de danse, de théâtre, de musique existent tous les soirs.  Les finales d’autres sports ont été également belles, et sans dopage, hyperentraînement, hypersalaires et sans  corruption.

Soyons objectifs, si tous les Français se sentent fiers de cette victoire alors qu’ils n’y sont pour rien et que la plupart ne jouent pas au football, c’est qu’on les a menés à se sentir ainsi. Tous les media sont orientés vers cet évènement, depuis plusieurs années. Des financements publics et privés incroyables rendent possible le football professionnel ; on a même déclaré d’intérêt général la construction d’un stade privé à Lyon (sur des terres agricoles…). Le foot est le meilleur moyen pour distraire les gens, les détourner d’une prise de conscience politique et les éloigner de la nécessaire révolution des institutions.

L’utopie est à portée de main, il suffirait que le même effort de communication que celui consacré au sport professionnel soit tourné vers l’éducation civique, en illustrant liberté, égalité fraternité ; cela rendrait possible une révolution citoyenne. Aujourd’hui, nous n’avons que des veaux meuglant dans la rue.

Vive le train !

Le message des grévistes de la SNCF est souvent troublé, détourné, caricaturé. Mais l’essentiel est là : la réforme prévue par le gouvernement ne va pas sauver la SNCF, mais la désorganiser. Elle ne constitue pas la vraie révolution des transports dont notre pays, dont le monde entier a besoin.

Avec un monde surpeuplé, principalement urbain, avec un changement climatique majeur lié à la pollution issue des industrie et des voitures, il faut absolument privilégier nettement les transports en commun et limiter la voiture individuelle. Aujourd’hui, le train et ses succédanés urbains, le metro et le tram, sont les moyens de transport les plus efficaces et les moins nocifs à l’environnement. La politique des États doit largement les favoriser.

L’ouverture des transports publics au privé, à la concurrence est un leurre. Le coût pour l’usager du transport qu’il soit la voiture, l’avion, le train est avant tout lié aux dépenses publiques : le cout réel de la voiture est lié aux routes et autoroutes, crées par l’État et les collectivités, et aux carburants, dont la majeure partie vient des taxes et dont le cout d’extraction initial est lié, comme tous les produits miniers, à des recettes publiques des pays producteurs de pétrole. La voiture roule en majeure partie avec des dépenses et des recettes publiques ! Son développement anarchique doit être stoppé, pour protéger la planète de l’étouffement !

Il faut renverser complètement la politique actuelle :

  • concevoir un nouveau réseau ferré au service des usagers,
  • renationaliser les autoroutes et augmenter les péages, en les différenciant en fonction de l’effet carbone
  • augmenter fortement le coût des carburants, notamment du diesel
  • atteindre rapidement, par la politique fiscale et l’organisation du réseau, 2 objectifs simples :
    • pour l’usager : aller en train d’une ville à une autre, et en metro ou tram à l’intérieur d’une ville doit être moins cher que faire ce trajet en voiture individuelle
    • pour les marchandises : le transport en camion ne doit plus concerner que les petits trajets <100 km.

Avec cette nouvelle politique, l’organisation du service public sur ce réseau devra être confié à des entreprises publiques, nationales ou régionales.  Le niveau national permet une péréquation des recettes, mais le niveau régional est plus proche de la gestion réelle. Par contre, les employés de base de cette organisation pourront être des salariés de droit privé, et les sous-traitants des entreprises privées. Les entreprises publiques doivent rester des structures stables, solides, mais légères.

Les décisions concernant les services publics doivent être prises par des élus et des fonctionnaires soucieux de l’intérêt général. Tout laisse à penser que les politiques et hauts fonctionnaires issus de l’ENA depuis plusieurs générations ont perdu ce sens de l’intérêt général au profit d’une perspective personnelle dévoyée: le pantouflage , reclassement dans une entreprise para publique hyper-capitaliste avec des salaires déconnectés du monde du travail réel.

Ces réseaux et cette politique doivent absolument être harmonisés au niveau mondial, pour sauver la planète de l’engorgement du modèle de la voiture individuel. Il faut faire grève pour plus de train, moins de camions, moins de voiture, plutôt que pour un statut de cheminot.

Attention, le fédéralisme peut cacher le nationalisme…

La crise catalane, les revendications corses cachent la même stupide xénophobie. Qu’on ne s’y méprenne pas, les catalans ont eu raison de lutter pour pouvoir s’exprimer en catalan, et ont raison de marquer cette différence et de continuer à faire vivre leur culture. De même les Corses ont maintenu une culture exceptionnelle et peuvent en être fiers. Mais vouloir édicter des lois particulières, donner des droits plus importants aux citoyens d’une ile, d’une région, c’est faire des différences fondamentales entre les hommes en considérant que les étrangers sont inférieurs en droit. C’est du fascisme, comme tous les nationalismes.

Le fédéralisme européen favorise paradoxalement ces retours xénophobes. Il a en effet regroupé des pays autour de traités libre-échangistes et monétaires, mais a échoué à rendre cohérentes les lois des Etats restés souverains .  Certains pays peuvent évoluer en démocratures ; les impôts sont différents et favorisent la délocalisation, en créant de la concurrence entre États au lieu d’en créer entre entreprises. Ce fédéralisme est préférable à la guerre, mais il laisse toute la place à la haine, en laissant prospérer les injustices et la xénophobie.

Les grandes régions ou les pays et leurs communes sont bien le meilleur niveau de décision pour toutes les décisions politiques contingentes : comment organiser localement l’administration, quel budget pour l’année prochaine, quelles activités culturelles ou sportives favoriser. C’est le bon niveau pour la gestion des organismes publics comme les hôpitaux, les écoles, les agences de protection de la nature et de l’eau.

Mais les lois doivent concerner l’humanité, sans faire de différence entre les êtres humains. Ce niveau c’est celui de l’État universel, qu’il faut concevoir comme une structure simple, solide, permettant aux pays ou aux régions de gérer l’économie, la culture, l’environnement, la santé, avec des principes communs, mais en s’adaptant aux particularismes locaux et aux priorités régionales.

 

Nature, eau et forêt, une réglementation cache-misère…

La conception des rapports entre l’homme et la nature est une controverse philosophique ancienne. Entre la nature sauvage, qu’il faut réduire et dominer et la mère nature, qu’il faut suivre et respecter, deux conceptions s’affrontent depuis longtemps. Au vingtième siècle, la notion de développement durable, s’est imposé, comme un compromis, dans les lois de nombreux pays et dans les accords internationaux : l’homme se développe aux dépens de la nature, mais il doit modérer ses besoins pour pouvoir continuer à vivre sur une planète finie. Il doit notamment préférer les ressources renouvelables , le bois, par exemple, aux ressources fossiles. Il doit protéger les espèces, les milieux, les sites rares, remarquables pour ne pas porter atteinte au capital naturel, mais se contenter d’en récolter les intérêts.

Au début du vingt-et-unième siècle, une théorie subséquente pointe dans le droit français, mais aussi dans les accords internationaux sur le carbone : on peut continuer notre développement, il suffit de compenser ses impacts. Tous les projets sont acceptables, à condition de les accommoder de prescriptions environnementales, dont cette fameuse compensation. Grosso modo, on évite de porter atteinte aux espaces et espèces rares, mais on peut porter atteinte à la nature banale si par ailleurs, pas trop loin de préférence, on restaure cette même nature. Cette théorie relativiste recueille l’assentiment des libéraux : la croissance n’est pas finie ! Les ultralibéraux se plaignent néanmoins des contraintes environnementales toujours croissantes et des difficultés de mise en œuvre… Le principe éviter/réduire/compenser rassure la plupart des environnementalistes.

Mais c’est une imposture, car la nature a été beaucoup trop perturbée par le développement non durable des deux derniers siècles pour que ce modèle fonctionne : le climat est déjà perturbé, les grands massifs forestiers tropicaux  sont réduits inexorablement, sans qu’aucune organisation politique stable ne puisse l’empêcher. Dans les pays développés, les grands massifs naturels peu anthropisés n’existent plus ; les espèces avec de grands espaces vitaux sont éliminées ou posent des problèmes sociaux graves (l’ours ou le loup chez nous, le tigre en Asie…).

Bien entendu, je ne souhaite pas un respect absolu de la nature : l’arrêt de la chasse favoriserait les grands herbivores aux dépens de nos forêts, l’arrêt de l’élevage, bien plus impactant que la chasse, mettrait notre espèce en danger, l’arrêt  du défrichement, là où il est indispensable pour la survie alimentaire, serait une injustice grave, par rapport à toute l’histoire du développement humain. Mais les équilibres naturels qui ont été bouleversés doivent être restaurés pour que l’humanité survive. Il ne s’agit pas seulement de compenser l’impact d’un petit projet, il faut de grands programmes de renaturation, à l’échelle mondiale. Il faut aussi faire revenir la nature et les arbres dans nos cultures, nos prairies et nos villes. C’est techniquement possible, mais il faut changer nos méthodes.

Mais le premier ennemi de la nature, ce n’est pas l’industrie ou l’agriculture, dont on peut effectivement limiter les effets, c’est la guerre et l’injustice politique sur la majeure partie du globe, qui empêche toute politique de long terme en faveur de la nature. Pour rééquilibrer la nature, il faut une révolution universelle pacifique.

 

L’illusion réformiste

Avec ce nouveau gouvernement et cette nouvelle assemblée, toutes ces nouvelles têtes, sans doute beaucoup de Français se laissent ils aller à un optimisme teinté d’un peu de distanciation, mais surtout de réconfort. “on va attendre pour voir, laissons leur leur chance”. Mais quelle chance de changer le monde ont Philippe et Macron, même avec Hulot dans leur équipe ? Si une réforme dangereuse pour l’industrie pétrolière, nucléaire ou chimique est envisagée, elle avortera ou se transformera en papier peint vert sur un mur en train de s’écrouler. La politique européenne parait aussi sous de meilleurs auspices, mais ne nous leurrons pas, il n’y aura aucun abandon de souveraineté, pour l’armée comme pour la TVA. On pourra avoir des machins en plus, mais pas de suppression des inégalités nationalistes.

Sans révolution qui casse les frontières et reconstruise un nouvel espoir commun à tous les hommes, et pas seulement aux français privilégiés, les meilleures réformes ne font que nous conforter dans notre château fort, en laissant le tiers monde opprimé nous assiéger.

La société de la mauvaise foi

Le monde où nous vivons, avec ces terribles injustices rend schizophrènes les habitants des pays privilégiés. Comment supporter, en étant éduqué, informé régulièrement, de savoir qu’on vit confortablement avec des soucis qui sembleraient dérisoires aux habitants de la Syrie, du Yemen, du Soudan ou même de l’Ukraine, de la Chine ou de l’Inde ?

Et bien, pour résister à cette pression inconscience constante, on se ment à soi même.

Premier mensonge : un plongeon dans l’indifférence : mes problèmes sont les seuls d’importance. On ne nait pas égoïste, on le devient peu à peu, c’est un mouvement de survie. On ne s’imagine plus à la place des autres, c’est trop dangereux pour sa santé intellectuelle.

Second mensonge, parmi toutes les informations qui nous sont délivrées, on ne retient que celles qui confortent notre égoïsme, même si elles n’émanent que d’une source douteuse, un lobby, des hackers ou son voisin de bistrot. Toutes les autres informations, celles qui dérangent, même si elles proviennent de sources scientifiques variées et concordantes, de journalistes sans intérêt financier direct, même si ces informations sont vérifiables, sont repoussées avec colère. Ceux qui nous demandent des efforts de solidarité sont des menteurs, des corrompus. Avec la supériorité de l’euro-climato-sceptique, on peut mépriser la “gauche caviar” et discréditer par avance toutes les réformes généreuses.

Des responsables catholiques renvoient dos à dos les candidats à l’élection présidentielle et considèrent que le mariage entre homosexuels est au moins aussi grave que le refus d’accueillir des migrants en détresse, nos prochains suivant l’enseignement de Jésus. Ceci démontre avant tout leur mauvaise foi.

Et ces mensonges font abandonner tout esprit critique propre : Même si le changement climatique n’était pas directement causé par l’homme, ne faudrait il pas réfléchir à la décroissance, nécessaire aussi par rapport à la surpopulation et au caractère limité des ressources planétaires ? Même si Macron était déjà corrompu et augmentait le poids politique des financiers, ne faudrait il pas quand même faire barrage à l’extrême droite qui nous mène beaucoup plus rapidement à la haine, à la ruine et à la guerre civile ?