Archives de catégorie : Réactions à l’actualité

Les mauvaises raisons du nucléaire

L’énergie nucléaire a été développée autoritairement en France pour des raisons qui n’en sont pas. Elle a été maintenue, toujours autoritairement, pas des gouvernements de gauche et de droite, enchainés par la spirale de ces arguments vicieux :

1. C’est d’abord un produit dérivé de la défense nucléaire. On construisait des bombes pour ne pas s’en servir, pourquoi pas des objets nucléaires utiles ?

2. Comme la bombe, l’énergie nucléaire est un élément de souveraineté et d’indépendance nationale. Pour ne plus dépendre du pétrole, nous nous somme précipité dans cette énergie alternative. C’était oublier qu’il fallait de l’uranium extrait dans des pays étrangers. Les ingénieurs français ont ensuite vendu leur technologie de pointe à d’autres pays, en Finlande, en Angleterre et en Chine, pour des raisons commerciales bien plus fortes que la raison d’État. Aujourd’hui, la France dépend de l’étranger également pour le traitement de l’uranium brut ou en déchet, en particulier… de la Russie ! Nous cherchons également à exporter nos déchets, bref, nous sommes loin de l’indépendance !

3. L’énergie nucléaire produit sur des sites centralisés d’énormes quantités d’énergie. Elle n’est pas chère et pourra être distribuée grâce à un système centralisé. Mais le transport fait perdre d’énormes quantités d’énergie : un système de production centralisé est un énorme gâchis énergétique et les lignes à très haute tension ont un impact environnemental énorme.

4. La sécurité de tout ce système sera assuré par l’État, ses meilleurs ingénieurs, ses meilleurs fonctionnaires, ses meilleurs ouvriers. Le caractère centralisé convient particulièrement à cette mise en sécurité garantie par l’État. Cet argument, avec l’argument nationaliste, a convaincu la Confédération Générale du Travail et le parti communiste français…. Aujourd’hui, EDF a été démantelé en plusieurs sociétés privées, à capital d’Etat. La direction et le controle ne sont plus assurés par des hauts fonctionnaires ayant comme seul règle absolue l’intérêt général, mais soumis à la pression d’innombrables intérêts particuliers. Les travaux sont réalisés par toute une série de sous traitants difficilement controlables et moins formés. Les compétences et les savoir faire ne sont plus possédés par les jeunes ingénieurs fonctionnaires français.

5. Les déchets ont une durée de vie plurimillénaire : cela permet de toujours remettre la question de leur élimination et de leur stockage à plus tard. La procrastination et les calculs à court terme ont fait bon ménage dans les esprits pronucléaires… Pourtant c’est la longue durée des programmes, des investissements, qui a permis d’absorber toutes les erreurs de programmation, de calcul, qui a permis de faire accepter des dépenses d’investissement multipliées par dix par rapport aux prévisions. Mais les dépenses liées aux déchets seront toujours minimisées et négligeables, puisque sans cesse reportées.

6. Pour défendre les centrales contre les aggressions et le nucléaire contre les oppositions, on pourra utiliser le secret (et le mensonge) qui seront facilités par l’organisation centralisée, la chaine hiérarchique élitiste. Les ingénieurs géniaux qui maitrisent les processus de fission nucléaire sauront bien se protéger des malveillants, des tremblements de terre, des sécheresses, des terroristes : tout à été prévu par les meilleurs esprits, on ne risque rien… les murs ont été calculés à la bonne dimension. Une attaque aérienne sur les points fragiles ? Impossible, tout est sécurisé, l’armée veille. Qui aurait imaginé qu’on ferait vaciller les tours de New York avec un avion détourné au cutter…

7. Bien sûr, les énormes cheminées et les grosses installations, placées près de l’eau, indispensable au refroidissement, ne sont pas discrètes, mais, les colonnes de vapeur d’eau sont tellement plus jolies que les fumées noires des centrales à charbon ou à fuel. Pas de pollution directe visible… L’argument qui a relancé la filière, et qui existait déjà à l’origine, est justement l’absence de rejets carbonés. L’énorme consommation d’eau et le réchauffement des rivières à l’aval n’a pas été un problème écologique majeur, tant que l’eau ne manquait pas. la gestion des déchets est également placée sous le signe de la discrétion : on les enfouira ! ou on les exportera…

8. Enfin, ce système affirme au monde entier la force de la France, son niveau technologique, et l’exporte. Mais le choix des gouvernements français impose à ses voisins européens des risques réels. En cas d’incident grave, et l’état actuel des centrales n’est pas de nature à nous rassurer, ou d’attaque terroriste, les radiations toucheront tous nos voisins sous le vent, alors que la plupart d’entre eux n’ont pas fait le choix du nucléaire, et l’ont même démocratiquement écarté. Les aléas sont forts, les erreurs de conception et les fautes de réalisation et d’entretien par des sous traitants mal controlés sont tels que si on considère les probabilités, il y aura forcément des incidents graves et les centrales nucléaires françaises trop fragiles feront le malheur d’une bonne partie de l’Europe.

Pour la lutte contre le changement climatique, il faut des états responsables, pas des nations coupables

Lors de cette convention pour le climat, qui se tient dans un pays où les atteintes à la liberté sont légions, on entend une nouvelle idée : les pays riches devraient payer aux pays pauvres les dommages qu’ils subissent à cause d’eux. Utiliser un tel argument est tentant, mais dangereux.

Le concept de culpabilité nationale est mortifère . L’idée à promouvoir, c’est la solidarité entre tous les humains, pas la punition de méchants pays vis à vis de pays innocents. Les États ne sont pas des individus qui devraient payer pour leur fautes. Un individu ne peut d’ailleurs jamais effacer ses crimes, il peut seulement s’amender et changer.

La notion de réparation a conduit, après la première guerre mondiale a créer haine et humiliation. Il ne s’agit pas de réparer, mais de partager. il faut aider ceux qui n’ont pas les moyens de s’en sortir seuls pour limiter les déséquilibres économiques et les catastrophes en chaîne, par solidarité économique, pas seulement par fraternité spirituelle.

La reine est morte, supprimons la monarchie.

Comment des journalistes français, instruits par la république, peuvent ils se répandre en hagiographie sur une reine et un roi ? Ne croient ils pas que les êtres humains naissent libres et égaux ? Elisabeth n’avait que peu de mérite autre que sa naissance. Son immense fortune personnelle, détournée des biens publics, lui donnait l’occasion de participer à la sinistre danse des multinationales.

Arrêtons de nous transformer volontairement en “sujets”, en marionnettes. La monarchie, c’est le règne par la force, le mensonge et la manipulation. Comment un esprit éclairé peut il prétendre que le fils aîné d’un roi, ou le dernier rejeton aprèsles guerres de succession, sera le meilleur dirigeant, alors que toute son enfance, cet enfant aura été gâté par le mensonge de sa supériorité ?

Plus l’attachement est fort à ces faux héros que sont les souverains, plus il faudra imaginer une réaction violente pour s’en détacher, alors que ces pauvres bougres, souvent haïs et victimes d’assassinat par leur propre famille ou des terroristes nationalistes, ne devraient faire l’objet que de notre mépris ou de notre compassion. Seule l’immense communauté des êtres humains doit être souveraine.

Le nouveau complexe d’Oedipe

L’éco-anxiété semble se propager dans le monde riche, et on s’en étonne. Mais le plus extraordinaire n’est pas de s’inquiéter de la disparition de la forêt sur la planète, du changement climatique irrévérsible et de toutes les pollutions qui interdiront à nos enfants et petits enfants une vie saine. Le plus incroyable, c’est que les êtres humains les plus informés du monde actuel et du monde ancien refusent, dans leur grande majorité, de voir que leur espèce s’est conduite toute seule à la catastrophe et que pour y remédier, ils devront changer leur vie.

La haine qui se propage contre les écolos, les gauchistes, les décroissants, les vegan est disproportionnée par rapport aux possibles menaces des soi-disant khmers verts : il ne prétendent pas massacrer les mangeurs de viande, les chasseurs ou les propriétaires de tout terrain, mais souhaitent seulement qu’on controle leur activité.

Pas d’analyse objective ou de construction intellectuelle complexe chez ceux qui se plaignent de l’écologie punitive : il ne s’agit que d’une pensée réflexe, jouant sur des préjugés, des simplifications. Du coup, il est difficile, voire impossible de faire réfléchir ceux qui ont volontairement choisi de s’aveugler, pour préserver leur confort intellectuel et leurs habitudes destructrices.

Pourtant ces habitudes ne sont pas des choix conscients : manger trop de viande, rouler dans des véhicules individuels, beaucoup consommer et ne penser qu’à ça sont des comportements induits du conditionnement commercial, hérités des milliers d’heures où nous avons vu, entendu, où nous avons été imprégnés des publicités mensongères et stupides : double pléonasme ! La majorité des gens aisés associe inconsciemment son niveau de confort à la vérité suprême, du dogme de la consommation et du progrès technologique.

A cet aveuglement écologique se joint une hypocrisie sociale : nous croyons sans le dire que tous les gens normaux vivent en démocratie et que nous sommes très loin, complètement séparés, des ouvriers asiatiques exploités et des journalistes assassinés pour leur droit à l’expression. Ils n’ont qu’à se révolter, ou attendre que le progrès du capitalisme leur apporte la démocratie…

Il est pourtant facile de démontrer que l’abondance des uns est bâtie sur l’exploitation des autres. Autrefois les esclaves ou les ouvriers habitaient à nos portes, aujourd’hui ils sont assez loin pour qu’on les oublie. Il est facile de comprendre que ce modèle est instable et que toute la technologie du monde ne permet pas de reboiser en un an ce que la nature, même aidée du travail des forestiers, a construit en plus d’un siècle. Il est facile de deviner se situe la mauvaise foi et l’intérêt motivant l’hypocrisie entre des scientifiques défendant la nécessité d’une décroissance et des industriels du pétrole et de la chimie se voulant rassurant.

Mais ces évidences intellectuelles sont niées, les scientifiques sont tous des menteurs, ceux qui proposent une autre organisation politique de dangereux idéologues : on préfère se mentir à soi même, s’aveugler. A ce comportement pathologique s’associe donc tout une souffrance cachée : celui qui se ment à lui même sur la décroissance, augmente intérieurement sa culpabilité, l’exagère sans doute. Abreuvé d’informations, de contre-informations, on mange et boit compulsivement, on consomme comme on appuie le pied sur l’accélérateur pour dépasser un obstacle. On choisit une religion, un parti politique qui conforte cet aveuglement et surtout qui fait oublier toute la complexité du monde, pour simplifier, se rassurer. On est près à absorber n’importe quel folle croyance, l’astrologie; le départ des riches dans une autre planète plus verte ou le paradis pour les terroristes tueurs d’enfants, en espérant oublier la culpabilité issue de l’aveuglement.

Mais se crever les yeux n’a rien résolu pour Oedipe. Il nous faut être lucide et courageux pour restaurer la nature, la paix et assurer la survie de tous nos enfants.

Développer les voitures électriques, l’escroquerie du XXième siècle.

C’est une manipulation incroyable, de la part des industriels et des gouvernements : faire passer la voiture électrique pour une amélioration environnementale ! des voitures séduisantes, silencieuses, et soit disant écologiques… Leur construction demande énormément d’énergie, les batteries sont difficiles à recycler, elles demandent des matériaux rares extraits dans des conditions sociales et écologiques scandaleuses, la création et l’entretien du réseau seront chers, la durée de vie des batteries, et donc des voitures très très limitées : l’innovation technologique, qui progresse au rythme des téléphones portables ne permet pas de conserver 20 ans, comme on a pu le faire pour d’autres véhicules, ces voitures à obsolescence programmée. En plus, en France, leur développement va de pair avec le renouveau des centrales nucléaires, dangereuses, extrèmement couteuses, générant des coûts sur les déchets pendant des millénaires, et une augmentation générale des dépenses d’énergie.

La seule solution viable, à 8 MM d’êtres humains, ce sont les transports en commun obligatoires sur certains trajets, le train pour les longs trajets de matérieux, et conserver les vieilles voitures très longtemps pour les petits trajets, en arrêtant d’en construire en grand nombre pour encombrer la planète de déchets… il faut développer les voies ferrées en se payant sur des augmentations de taxes sur les carburant et arrêter d’entretenir les grandes routes.

Cette politique des transports doit être révolutionnaire, et à l’échelle la plus vaste possible pour être efficace. Elle pourrait réussir car plus rationnelle, mais le grand moteur de la voiture individuelle, c’est l’individualisme et le maintien des inégalités sociales. Dans la vie courante, on s’affirme par rapport aux autres par sa voiture. Or celle ci pourrait être conservée comme un hobby pour les déplacements de loisir, ou certains déplacements techniques locaux, elle doit être considérablement limitée dans les déplacements professionnels et tous les déplacements de proximité.

Il faudra aussi inventer une façon plus intelligente de faire ses courses, avec des marchés et des commerçants de proximité, où on va acheter moins de 2 kg de marchandises, et plus de concentration d’hyper marchés et galeries commerciales, d’où l’on repart avec des caddies pleins d’objets inutiles.

La solution sera collective. Ne nous laissons pas imposer ce que nous n’avons pas choisi, ne nous laissons pas appâter par de faux attraits en faisant mourir notre nature sous le poids d’objets inutiles comme ces batteries.

conte de campagne : la falaise

Un type marche sur un sentier au bord d’une très haute falaise. Ca monte, ca descend, il y a des cailloux… pas facile. Un autre type en marche, le rattrape, cherche à le doubler, le pousser, l’empêcher d’avancer… Et ça dure… cinq ans ! alors au bout de cinq ans, notre héros fatigué, irrité, est tenté de se jeter dans le vide, vers marine, vers le nationalisme et peut-être la guerre, qui lui feront oublier ses soucis et ce salaud qui cherche à vous doubler et vous écraser.

Le nationalisme defend mal la democratie

Février 2022, un président élu d’un ancien pays communiste choisit d’envahir son voisin, en invoquant des pretextes fallacieux. Il ne cherche d’ailleurs pas à convaincre, mais à imposer sa volonté par la force. Ses concitoyens, les russes qui l’ont élu peuvent partager ses sentiments qui ne justifient rien mais expliquent tout : l’Ukraine a toujours été liée politiquement, culturellement et religieusement à la Russie. Elle n’aurait jamais du en être détachée. Cela ne vous rappelle rien ? L’annexion de l”Autriche puis du territoire des Sudètes, germanophones de la république Tchèque, par Hitler.. Et oui, c’est le premier niveau de prétexte guerrier nazi.

Pour répondre à l’hypertrophie des sentiments nationalistes conquérants, les politiciens des pays voisins réveillent en général leur propre nationalisme : les vrais français doivent faire barrage aux prussiens, aux boches, bouter les anglois hors de France ; les grecs doivent expulser les turcs et réciproquement ; les serbes face aux croates, la liste est malheureusement sans fin…

Les Ukrainiens et les Russes ont effectivement une grande proximité culturelle et n’avaient justement que peu de motifs historiques de revanche jusqu’ici. Les partis anti-russes d’Ukraine craignaient l’autoritarisme de Poutine.Ils souhaitaient plus de démocratie et plus de libéralisme, comme dans l’union européenne. Ils craignaient l’annexion, en référence à la dictature soviétique et ses interventions musclées dans les pays satellites.

Pour éviter cette spirale, qui enferme les victimes d’agresseurs, dans un cercle fermé de haine et de vengeance, il est fondamental de savoir contre qui on lutte et pouquoi, et de poser raisonnablement les bases d’un juste combat.

Qui est l’agresseur ? Poutine a bien été élu, mais la démocratie a fortement diminué en Russie sous ses mandats successifs : les opposants ont été attaqués dans la presse, calomnié, mis en prison; la presse a été muselée, en allant jusqu’aux assassinats de journalistes. Dans la droite ligne de la tradition stalinienne, et des services d’espionnage et de propagande d’où est justement issu Poutine, le mensonge a été érigé en système de pensée. La majorité russe est silencieuse, mais apprécie d’être dirigée par un chef puissant. La méchanceté de l’empereur rassure toujours les habitants d’un très grand pays, quisont protégés de la guerre civile par la force d’un autocrate, dont on peut supporter les frasques : les journalistes assassinés, comme les jeunes écrasés par les chars de Tien an men n’avaient qu’à se tenir tranquilles… Ensuite, cet autocrate est soutenu inconditionnellement par les dirigeants de la religion orthodoxe, la plus pratiquée en Russie. Poutine et le patriarche s’appuient l’un sur l’autre. Ce n’est plus un état laïque. De plus quand ce presque dictateur envahit un autre pays sans demander son avis aux habitants concernés (ils avaient d’ailleurs élu un président qui refusait l’allégeance à la Russie), ni même à son propre pays (il n’y a pas eu de vote ou de discussion au parlement russe, tout a été décidé par un seul homme) on est très loin de la démocratie. C’est le triomphe de la violence politique. L’agresseur n’est pas la Russie, mais Poutine !

C’est bien contre cela qu’il faut se liguer : l’atteinte à la liberté faite par un tyran, qui plonge des êtres humains dans une suite de guerres stériles. Il faut combattre Poutine et ceux qui le soutiennent, parce qu’ils se réclament des mêmes méthodes. Il ne faut pas tomber dans la haine des russes, mais bien les encourager à se révolter pour retrouver une vraie liberté, pas la paix fragile et mensongère de la tyrannie.

Evidemment, les nationalistes des pays plus démocratiques sont maintenant pris à leurs propres contradictions : ils professaient admirer Poutine, Trump, Bolsonaro ou Modi ; ils sont maintenant obliger de cracher sur leurs modèles, ou de trahir les intérêts de leurs propre pays. C’était le même inconfort moral pour l’extrème droite française, anglaise ou américaine qui admiraient Hitler de 1933 à 1945… Mais certains se sont confortablement assis sur leurs mensonges en collaborant.

Si tous les vrais démocrates se réunissent pour protéger la liberté et la justice, ils seront capables d’abattre non pas l’Ours russe, mais les tyrans, colosses aux pieds d’argile.

Mais comment doit se faire ce combat ? en envoyant des chars contre d’autres chars, au risque d’un conflit nucléaire ? en envoyant des armes légères aux Ukrainiens, pour faire durer un conflit “traditionnel”, peut être aussi longtemps qu’en Syrie (11 ans!) où les russes étaient aussi impliqués ?

Si tous les pays démocratiques du monde manifestent leur désapprobation, bloquent économiquement la tyrannie et informent le peuple russe et le peuple ukrainien de l’injustice dont ils sont victimes, le régime de Poutine ne tiendra pas. Ce sera la victoire de la raison et de la liberté contre la tyrannie, la violence et le mensonge. Mais la raison doit clairement s’affirmer, sans que l’argumentation ne céde le moindre pouce à la haine.

Coupable mais pas responsable ?

En France, fin avril 2021, la justice vient de rendre une décision paradoxale. Un illuminé, islamiste, a tué une vieille dame parce qu’elle était juive. L’assassinat antisémite ne fait pas de doute, mais l’instruction s’est demandée pendant trois ans si l’assassin était responsable, car il était sous l’emprise du haschich. Tous les assassins ne le sont ils pas étymologiquement ? L’assassin a été considéré comme “coupable mais temporairement irresponsable”, ce qui selon la loi française le dédouane d’une peine. Il sera néanmoins privé de liberté au sein d’un hôpital psychiatrique, mais la décision de “justice” sonne comme un appel au meurtre, un encouragement à toutes sortes d’excès.

En droit français, les “peines” ont plusieurs fonctions : punir le voleur, dissuader d’autres personnes de tenter les mêmes crimes et enfin protéger la société en isolant une personne dangereuse. Mais ces deux derniers objectifs sont complètement perdus de vue dans le fouillis inextricable de notre justice. Par contre, les juges appliquent scrupuleusement l’article de loi qui correspond au mieux au cas sur lequel ils doivent se prononcer, en oubliant l’esprit de la loi.

La fonction première des lois est de régler l’équilibre entre les libertés individuelles. C’est une fonction relative. Dans l’idéal, chaque cas devrait faire l’objet d’une réflexion profonde pour savoir quelle mesure devrait être prise vis à vis des personnes en cause pour qu’elles respectent davantage la liberté des autres. Pour limiter cette réflexion, les sociétés humaines ont édictés des commandements, des interdits, au départ assez limités puis de plus en plus en nombreux et stupides. Entre le “tu ne tueras point” biblique et l’interdiction d’acheter un vibromasseur dans l’Etat de Georgie, il y a une merveilleuse évolution…

Pourtant, même l’interdiction du meurtre est discutable et discutée. S’il s’agit de tuer son frère dont on est jaloux, le monde entier est d’accord pour condamner Caïn, même si Dieu ne lui inflige comme peine sur terre que son propre remords. Mais tuer quelqu’un qui cherche à vous tuer, cela semble beaucoup plus acceptable. Le droit français, pour les agressions entre individus, précise que la légitime défense doit être immédiate et proportionnée. Ces deux conditions sont les mêmes en droit international pour les conflits entre nations. Ces deux conditions, immédiateté et proportionnalité de la riposte à une attaque, méritent à chaque cas une appréciation et une interprétation.

Les lois ne sauraient se limiter à une application automatique d’une liste d’interdits. Le système pénal qui prétend être une justice absolue (à un interdit correspond une peine) n’est ni juste ni efficace. Pourquoi condamner plus durement quelqu’un qui a tué sa femme sur un coup de colère, qu’un élu de la république qui a été corrompu ou même qui a simplement menti à ses électeurs ? Et, dans l’actualité, pourquoi ne pas condamner un assassin, sous prétexte qu’il n’était plus maitre de lui au moment des faits ? Pourquoi laisser des personnes des politiques, des religieux, appeler à la haine, justifier des assassinats et des guerres ? Les personnes les plus dangereuses peuvent être laissées ou remises en liberté au bout d’un temps fixé arbitrairement, sans considération actualisée du risque.

Les lois doivent être complètement repensées, simplifiées pour en garder l’esprit et le but. En particulier, toutes les lois qui visent à éviter la violence, doivent entraîner une politique de prévention.

Cette prévention consiste d’abord à éduquer les enfants et expliquer à tous les citoyens qu’il doivent respecter la vie de leurs frères humains, mais aussi la vie sous toutes ses formes. Cette instruction doit s’accompagner d’une aide pour faire face aux difficultés matérielles qui poussent à la haine.

Le deuxième point de la prévention est d’empêcher la propagation des discours haineux, appelant au mépris d’une catégorie d’humains et justifiant des actes de violence. Cela nécessite un premier niveau de répression vis à vis des personnes ou des groupes qui nient l’égalité des êtres humains. Cette répression est subordonnée à l’objectif de prévention, et est limitée à la suppression du trouble (fermeture d’une salle de réunion, interdiction d’une publication, dissolution d’une association).

Le troisième point vise à limiter la liberté des individus qui sont susceptibles de commettre un acte de violence. Le fait d’avoir commis un acte criminel est une présomption, qui doit pousser la société à prendre des mesures fortes pour prévenir une récidive. Il s’agit d’une répression à but préventif et non punitif. On ne punit pas un homme pour son passé on limite sa liberté pour l’avenir. Cette limite doit être proportionnée au risque : surveillance, emprisonnement… Si un assassin doit être mis en prison ce n’est pas pour le crime qu’il a commis mais pour celui qu’il pourrait commettre. Pour que la privation de liberté soit limitée au minimum, la surveillance et l’emprisonnement doivent se doubler de mesures éducatives, permettant une éventuelle réinsertion.

La répression judiciaire est une légitime défense et doit suivre la même logique. La peine de mort est envisageable si c’est la seule méthode pour éviter la récidive, dans une société désorganisée par la guerre, ou dans l’urgence de l’action : un policier qui défend les victimes d’une aggression peut tirer sur l’aggresseur armé. Une société capable d’emprisonner aussi longtemps qu’il le faudra quelqu’un de dangereux n’a pas à le supprimer.

Dans ce nouvel esprit, l’assassin de Sarah Halimi aurait du être repéré avant l’assassinat pour les opinions qu’ils professait librement. Avec les fanatiques religieux qui l’ont influencé, il aurait du être soumis à de premières mesures de privations de liberté. Si malgré tout, on n’avait pas pu empêcher le crime, on aurait du le mettre en prison pour tout le temps qu’aurait duré sa vraie folie, qui était l’antisémitisme.

Les plus grands criminels de l’histoire, Napoléon, Hitler, Mao, Staline, Pol Pot, responsables de millions de morts, étaient indiscutablement fous, mégalomanes et paranoïaques. Il aurait bien fallu les juger, les condamner, les emprisonner, peut être même les tuer, pour les empêcher de nuire.

Considérer les fous comme toujours irresponsables est une erreur fondamentale. Le crime d’un fou, sous l’emprise d’une drogue ou de l’alcool, ou simplement de la colère ou de la passion, n’est pas moins grave que celui d’une personne ayant tout calculé froidement. Un fou n’est irresponsable que lorsque cette absence de maîtrise de soi a déjà été constatée et prise en compte par la société. Toute personne considérée comme un citoyen, et agissant en toute liberté, est responsable de ses actes. On n’est irresponsable que si quelqu’un d’autre assume la responsabilité de vos actes : les parents des enfants, les tuteurs d’un vieillard sénile, les surveillants d’une personne considérée comme dangereuse.

Il y a 150 ans, la commune expérimentait la démocratie directe.

La cinquième république française, basée sur la domination d’un président, certes élu au suffrage universel, mais avec tous les pouvoirs pour cinq ans, rechigne à célébrer une des révolutions les plus originales et les plus importantes de l’histoire. Bien sûr, le gouvernement actuel est de droite, et se réclame sans doute plus d’Adolphe Thiers, dont le préfet Lallement parait un émule tardif et médiocre. De plus, depuis 150 ans, on déforme l’histoire de la commune, en parlant de ses crimes, en oubliant la lâcheté puis la haine terrible de l’armée et du gouvernement, à majorité monarchiste (!) du début de la troisième république.

Parmi les premiers réviseurs de l’histoire, Emile Zola, contribuera aux mythe d’un mouvement destructeur, avec ses “pétroleuses” alors que le conseil de la commune s’est positionné contre la capitulation et pour la justice sociale. Les articles de Zola ont été publiés dans un recueil intitulé “la république en marche“. Il est cohérent que le président actuel se place du coté des versaillais, du côté de l’élite qui avait fui devant la populace. Adolphe Thiers cédant aux prussiens plutôt que de recréer une armée et une résistance populaire est le prototype de Pétain, qui préfère l’ordre nazi à la chienlit communiste et la résistance. Notre actuel président n’a pas eu encore, heureusement, l’occasion de montrer de telles capacités d’adaptation.

Des dizaines de miliers d’exécutions sommaires d’hommes de femmes et d’enfants ont été perpétrées par les versaillais, contre quelques centaines d’assassinats, commis pour la plupart sans avoir été décidés par le conseil de la commune. Si certains monuiments l’ont été volontairement détruits par les communards, comme des symboles d’oppression, en particulier la colonne Vendome et le palais des Tuileries, la plupart des destructions matérielles dans le Paris en ruine de mai 1871 étaient dues aux bombardements prussiens puis versaillais.

Mais en ne retenant que les violences, on oublie surtout le principal : la Commune de Paris a été l’occasion d’essayer toute une série d’améliorations de la démocratie : placer les élections comme un préalable à toute action, donner tous leurs droits et toute leur place aux femmes, et mettre en place un mandat impératif pour les élus, qui pouvaient être révoqués par le peuple qui les avaient élus.

Renvoyons aux sites plus historiques, pour tous les autres aspects, mais arrêtons nous sur cette proposition, tout à fait d’actualité : plutôt que d’élire des représentants, sur la base de promesses qu’ils ne tiendront pas, élisons des députés chargés strictement de mettre en oeuvre le programme pour lequel ils ont été élus. C’était une idée de Jean Jacques Rousseau, qui n’a été que très rarement été tentée dans l’histoire. Mais aujourd’hui, les moyens de la démocratie participative sont bien plus importants :

En premier lieu, on peut constituer des plates formes programmatiques, avec une coconstruction élargie à tous les sympathisants des idées proposées. Internet et l’informatique, permettent sur la base d’un premier texte, de recueillir des contributions, de faire des synthèses, de noter l’historique des modifications, avec un nombre très important de contributeurs. Wikipedia en est un exemple.

En second lieu, la mise en oeuvre peut faire l’objet d’adaptations sur la base de consultations rapides étendues à toute la population concernée.

Les moyens impératifs de cette méthode démocratique sont l’éducation et l’information préalable de la population lui donnant les moyens de comprendre les sujets à discuter, la formation aux moyens informatiques, et le contrôle par des fonctionnaires réellement indépendants des procédures, pour éviter toute malhonnêteté.

L’honnêteté des citoyens et de ses représentants est indispensable à la démocratie. Cette honnêteté ne sera effective que lorsque tous les enfants y seront incités par l’exemple de leur entourage ; elle ne sera garantie qu’avec une police au service de la république et de ses principes et non aux ordres d’un dirigeant particulier.

Honnêteté

Un homme ou une femme honnête, ce n’est pas quelqu’un qui mène sa vie comme les autres en évitant les excès. C’est un être humain conscient de ses propres faiblesses, qui est même capable de les reconnaitre devant n’importe qui, mais qui a compris qu’il valait autant que les autres, ni plus ni moins, que personne ne devait décider pour lui ; il s’est ainsi donné des valeurs de liberté et d’égalité. L’honnête homme, chaque fois qu’il doit faire un choix aux moments importants de sa vie, continue à décider en fonction de sa propre conception de la justice et de ses aspirations .

Mais la plupart d’entre nous ne sommes pas assez honnêtes. On vit, comme les autres, et surtout on évite de se poser des questions sur sa propre trajectoire.

Ceux qui vivent dans une riche démocratie se contentent de trier leurs déchets et de voter pour le moins mauvais des candidats au second tour. Et quand on entend quelqu’un parler d’ouvrir les frontières des pays riches aux malheureux, d’arrêter des industries polluantes ou dangereuses (dans cette catégorie, vous pouvez mettre l’armement et le nucléaire !), on se moque de ces pauvres utopistes. Soyons réalistes, qui voudrait abandonner son propre confort, fut il relatif ? personne ? donc surtout pas moi.

Ceux qui vivent dans un pays pauvre, veulent surtout la paix, fut ce au prix de la liberté. L’idéal… c’est un dictateur ou une caste dirigeante assez forte pour maintenir l’ordre, mais pas trop fou, ne massacrant personne dans les rues, mais ayant la décence d’enlever discrètement les opposants et de les torturer ou les assassiner sans bruit.

La majorité des pauvres et des riches se sont un jour posé des questions. Ils se mettent des oeillères, mais inconsciemment se sentent coupables. Ils accueillent donc avec envie, enthousiasme les super-menteurs, comme Trump, Bolsonaro, Le Pen : les hommes politiques forts, qui n’hésitent pas à faire des promesses simples, qui laissent entendre que les problèmes viennent seulement des étrangers et qu’ils seront simplement règlés avec de la discipline, de la fermeté, peut-être même une “bonne guerre”. Bientôt, grâce à nos super-héros menteurs, plus de problème, et pour l’instant de l’ordre et un minimum de confort matériel. Les petits malhonnêtes du quotidien adorent les grands malhonnêtes, qui osent et réussissent, grâce à cette complicité. C’est le fallacieux confort moral du mensonge, qui enfouit les remords sous de bonnes excuses et de mauvaises raisons, qui souvent engendre la haine et la violence, seuls exutoires possible à ce déséquilibre mental.

L’homme et la femme honnêtes n’agissent pas seulement suivant leur conscience “du moment”, mais suivant des valeurs qu’ils ont fixé à la fin de leur adolescence, conformément à l’exercice continu de leur raison, leur véritable conscience, et qu’ils s’efforcent de respecter. C’est un courage que très peu exercent…