Nature, eau et forêt, une réglementation cache-misère…

La conception des rapports entre l’homme et la nature est une controverse philosophique ancienne. Entre la nature sauvage, qu’il faut réduire et dominer et la mère nature, qu’il faut suivre et respecter, deux conceptions s’affrontent depuis longtemps. Au vingtième siècle, la notion de développement durable, s’est imposé, comme un compromis, dans les lois de nombreux pays et dans les accords internationaux : l’homme se développe aux dépens de la nature, mais il doit modérer ses besoins pour pouvoir continuer à vivre sur une planète finie. Il doit notamment préférer les ressources renouvelables , le bois, par exemple, aux ressources fossiles. Il doit protéger les espèces, les milieux, les sites rares, remarquables pour ne pas porter atteinte au capital naturel, mais se contenter d’en récolter les intérêts.

Au début du vingt-et-unième siècle, une théorie subséquente pointe dans le droit français, mais aussi dans les accords internationaux sur le carbone : on peut continuer notre développement, il suffit de compenser ses impacts. Tous les projets sont acceptables, à condition de les accommoder de prescriptions environnementales, dont cette fameuse compensation. Grosso modo, on évite de porter atteinte aux espaces et espèces rares, mais on peut porter atteinte à la nature banale si par ailleurs, pas trop loin de préférence, on restaure cette même nature. Cette théorie relativiste recueille l’assentiment des libéraux : la croissance n’est pas finie ! Les ultralibéraux se plaignent néanmoins des contraintes environnementales toujours croissantes et des difficultés de mise en œuvre… Le principe éviter/réduire/compenser rassure la plupart des environnementalistes.

Mais c’est une imposture, car la nature a été beaucoup trop perturbée par le développement non durable des deux derniers siècles pour que ce modèle fonctionne : le climat est déjà perturbé, les grands massifs forestiers tropicaux  sont réduits inexorablement, sans qu’aucune organisation politique stable ne puisse l’empêcher. Dans les pays développés, les grands massifs naturels peu anthropisés n’existent plus ; les espèces avec de grands espaces vitaux sont éliminées ou posent des problèmes sociaux graves (l’ours ou le loup chez nous, le tigre en Asie…).

Bien entendu, je ne souhaite pas un respect absolu de la nature : l’arrêt de la chasse favoriserait les grands herbivores aux dépens de nos forêts, l’arrêt de l’élevage, bien plus impactant que la chasse, mettrait notre espèce en danger, l’arrêt  du défrichement, là où il est indispensable pour la survie alimentaire, serait une injustice grave, par rapport à toute l’histoire du développement humain. Mais les équilibres naturels qui ont été bouleversés doivent être restaurés pour que l’humanité survive. Il ne s’agit pas seulement de compenser l’impact d’un petit projet, il faut de grands programmes de renaturation, à l’échelle mondiale. Il faut aussi faire revenir la nature et les arbres dans nos cultures, nos prairies et nos villes. C’est techniquement possible, mais il faut changer nos méthodes.

Mais le premier ennemi de la nature, ce n’est pas l’industrie ou l’agriculture, dont on peut effectivement limiter les effets, c’est la guerre et l’injustice politique sur la majeure partie du globe, qui empêche toute politique de long terme en faveur de la nature. Pour rééquilibrer la nature, il faut une révolution universelle pacifique.

 

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