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Psychanalyse révolutionnaire

La révolution de 1789 aurait pu libérer l’humanité du joug des tyrans. Mais les révolutionnaires ont limité inconsciemment leurs ambitions. Ils ont d’abord voulu conserver le roi, en contrôlant ses pouvoirs par une constitution. C’était le père de ses sujets. Les signes de révérence au roi, qu’on trouve dans tous les écrits, ne traduisent pas que la peur de la censure ou de la répression ; ils expriment un véritable amour filial. Tous les révolutionnaires avaient été élevés comme leurs pères, dans l’idée que le roi était bon et que les problèmes venaient de ses mauvais ministres, de l’influence de sa femme, souvent une étrangère, ou de ses maîtresses, forcément perverses. Les anciens sujets se sont affranchis de l’autorité royale, pour devenir un “peuple libre”, mais toujours respectueux de l’image paternelle.

Pour gagner encore de la liberté, et surtout par peur d’une conspiration d’émigrés joints aux princes d’Europe, les révolutionnaires ont décidé de tuer le roi. Mais on n’a pu tuer le père qu’en créant une mère imaginaire : la patrie, la nation, la France. Cette nouvelle figure tutélaire a remplacé celle du roi pour rassurer le peuple, et fédérer ses énergies contre l’ennemi. C’est à la fois le meurtre du roi-père et la peur de la guerre, qui ont substitué l’image de la France à protéger des étrangers à la vision de l’humanité à délivrer des tyrans.

 

Isonomie

Ce concept date du VIème siècle avant Jésus-Christ. Il a permis à Clisthène de mettre en place un nouveau partage du pouvoir, plus équitable et surtout moins créateur de haine. La démocratie existait déjà à Athènes avant cette réforme, mais elle était régulièrement mise à l’épreuve. Les factions reflétaient les classes sociales, les origines géographiques. L’isonomie est un système complexe, mais qui permet une bien meilleure représentation démocratique. Il s’agit d’organiser les élections par “tribu”, chaque tribu étant elle même composée de petites unités géographiques, des quartiers ou des villages, nommés dèmes. Au sein d’une tribu, les dèmes sont disjoints et répartis sur le territoire. Les dix élus de chaque tribu représentent donc un échantillonnage pertinent des composantes sociales, culturelles et économiques de la société, au contraire des députés d’un arrondissement, d’une commune, d’une région ou d’un état  qui ont été élus par une majorité locale de même niveau de richesse, de même langue, de même religion.

Pour notre république universelle, il faut concevoir un système équivalent, qui permette de balayer les communautarismes. Je songe à des tribus régionales et planétaires, associant des communes (au sens de mon livre) de différentes régions et des cinq continents. Ces communes seraient jumelées, avec des échanges culturels, des échanges d’étudiants. Les assemblées régionales seraient composés de représentants des tribus régionales, plutôt que des communes et l’assemblée mondiale de représentant de tribus planétaires. Ce système est complexe, mais rendu obligatoire, il constituerait un investissement, en nous permettant d’éviter de favoriser des partis religieux ou nationalistes, toujours réactionnaires, jamais constructifs.

Babel

Selon la bible, l’orgueil des hommes a été puni en les divisant par une multitude de langues. C’est probablement l’isolement des groupes de populations qui leur a fait développer des moyens de communication séparés, et créé peu à peu, tous ces langages différents.  Pour les échanges entre les groupes, on a souvent créé une langue véhiculaire, faite de parts plus ou moins importantes des langues d’origine. Le latin, l’anglais, le français, l’espagnol, langues de peuples colonisateurs, ont également joué ce rôle.

Au XIXème siècle, s’est développée la théorie des nations, associée à une langue. La langue devient alors obligatoire pour tous les membres de ces nations ; son usage s’arrête abstraitement aux frontières, non moins abstraites, de cette nation. Les citoyens de chaque nation se sont alors sentis différents de part et d’autre de cette frontière, parce que la langue qui gouvernait leurs échanges les séparait matériellement.

Cette division selon les langues a alors nourrit les concepts de nations et de peuples développés comme celui d’un individu unique, avec son caractère, ses qualités et ses défauts, ses droits à disposer de lui-même. C’est ce concept qui a permis de passer des guerres des princes aux guerres entre nations, qui sont vite devenues une guerre mondiale. C’est toujours ce concept qui nourrit les guerres des Balkans comme la montée des extrêmes droites dans tous les pays développés. Lorsque à la différence de langue s’additionne la différence de religion, l’opposition est totale. Sur un territoire limité comme celui du moyen orient, la haine s’exacerbe entre des “peuples”artificiellement séparés.

A Babel, l’orgueil des hommes a été puni en étant transformé en orgueil collectif, l’orgueil terrible des nations.

Il est possible de faire de ces divisions une richesse, et de transformer le conflit des affirmations individuelles en amour, mais ce serait une révolution encore plus importante que celle de la tour de Babel.